Archives Critiques

Thérèse Desqueyroux : Clap de fin

Claude Miller nous a quittés peu après la fin du montage de cet ultime long-métrage qu'est "Thérèse Desqueyroux". Celui qui fut et qui restera pour toute une génération de cinéphiles un des modèles du 7ème Art à la Française, un artisan au pays de l'industrie de masse, l'auteur de chefs d'œuvre inoubliable comme "La meilleure façon de marcher" ou "Garde à vue" aura achevé sa filmographie par une sage adaptation du roman phare de François Mauriac.

Comme souvent chez lui, c'est la femme, sa condition et ses contradictions qui servent de clef de voute au scénario. Cette histoire de grande bourgeoise poussée par le destin à empoisonner son mari est décrite avec rigueur mais aussi une totale absence de fantaisie. Exercice très souvent néfaste -comparer livre et mise en images- s'impose ici. La volonté absolue de classicisme de l'auteur de "L'effrontée" aboutit à un paradoxe : publié en 1927, le roman intègre des procédés plus modernes qu'un film sorti en 2012 ! Sur le papier, les déboires du couple Desqueyroux sont entièrement relatés en flash-back ; artifice que le réalisateur refuse de facto. Idem en ce qui concerne le discours intérieur de l'héroïne, rejeté également et qui terminera dans le placard aux accessoires. Paradoxalement, le nœud de l'intrigue est clairement situé dans le temps: des cartons jalonnent le récit, indiquant un lustre (de 1925 à … 1930). Volonté de dépasser l'espace du livre ? Prospection vers un avenir possible ?

Dans le rôle-titre, une Audrey Tautou toujours aussi méticuleuse et concise, il ne fallait pas s'attendre dès lors à un torrent impétueux. Cette actrice, depuis sa genèse, cultive une sorte d'assurance tous risques crispante. Jamais mauvaise, mais toujours prévisible. Comme une bonne élève bucheuse qui fournit à ses enseignants des copies passables mais dénuées de la moindre originalité ou l'étincelle fera défaut systématiquement. Mademoiselle Tautou, qui écrit systématiquement les didascalies de ses scènes, décortique en amont ses répliques et ne laisse jamais la moindre faille, ni le plus petit espace pour l'improvisation. Audrey est une professionnelle, une ouvrière modèle, le rêve du metteur en scène exigeant. Mais la fantaisie n'est pas son univers, dommage ! La perfection est parfois fille de l'ennui.

Bref, dans "Thérèse Desqueyroux", tout reflète le luxe, le calme mais point la volupté. Le spectateur s'ennuie un peu, a l'impression de revivre une sortie au lycée avec son professeur de français, mais il se dit qu'il s'est peut-être épargné la corvée de relire un classique incontournable de la littérature. La seule bonne surprise finalement sera de découvrir un Gilles Lellouche, dans le rôle de l'époux, décidément à l'aise dans tous les registres.

Auteur :Régis Dulas

Tous nos contenus sur "Thérèse Desqueyroux" Toutes les critiques de "Régis Dulas"

ça peut vous interesser

Parents d’Elèves : Bonne humeur et leçon de vie

Rédaction

Camélia Jordana prend la lumière du cinéma

Rédaction

Parents d’élèves : Résultat encourageant

Rédaction