16 septembre 2021
Critiques

Thor : Ragnarok : Gladiathor

Sonnant comme un triste rappel du fait que, même si on l'appelle parfois le 7ème Art, le cinéma est une industrie culturelle, les productions Marvel Studios ont pour objectif premier d'être parfaitement fonctionnels et de répondre aux attentes du public. C'est pourquoi leur aspect parfaitement lisse et leur contenu parfaitement sécurisé en font des objets aussi consensuels que clivants.

D'un côté, comme ils sont exactement ce qu'on attend d'eux, aucun des seize films sortis avant cette rentrée 2017 n'a eu globalement mauvaise presse et le dix-septième produit qui nous intéresse aujourd'hui aura lui aussi déclenché sur Twitter le systématique pignolage auquel il est de bon aloi de s'adonner quand on a pu voir le dernier Marvel Studios avant tout le monde.

De l'autre, comme ils réussissent à être d'une fonctionnalité à toute épreuve, ils peuvent déclencher l'ire de certains parce qu'ils sont globalement parfaitement moyens et donc moins stimulants que des daubes pures et dures qui ont au moins le mérite de donner un exutoire au déchaînement des passions.

Un long-métrage Marvel Studios, c'est un peu comme une assiette de bonnes coquillettes : tu sais exactement le goût que ça va avoir donc tu ne devrais pas en théorie trouver ça dégueulasse ou délicieux mais c'est justement parce que c'est aussi gustativement creux que tu peux y projeter tout ce que tu veux et au final être soit écœuré, soit ravi par ce plat. Parmi ceux qui rajoutent de la flotte dans les pâtes, on retrouve celui-là qu'a le marteau.

Thor n'a jusqu'à aujourd'hui toujours pas eu le droit à un film au moins passable. Comme il promettait de recentrer l'action sur Asgard, on s'attendait à ce que "Thor : Le Monde Des Ténèbres" fasse moins pitié que "Thor". Pas de bol, c'est encore ce que Marvel Studios a fait de pire, un film trop moche, trop risible et trop rempli de personnages cons comme des biberons pour pouvoir se savourer comme un nanar.


Valkyrie, qu'à moitié dans ton lit

Dans le meilleur des cas, l'humour d'un film Marvel Studios se contente d'annihiler les enjeux émotionnels et dramatiques quand ceux-ci se donnent la peine d'exister. Ça ne marchait vraiment que dans "Avengers" parce que Joss Whedon déployait à l'écriture sa science du rythme et du verbe alors que même James Gunn s'y cassait parfois les dents, en particulier sur l'aussi touchant que lourd "Les Gardiens De La Galaxie Vol. 2", quand bien même ses films étaient ceux qui se rapprochaient le plus de la comédie.

Chez Kenneth Branagh et Alan Taylor, l'humour était encore plus mal géré parce que ça rendait également les longs-métrages encore plus ridicules qu'ils ne l'étaient déjà. La promotion de "Thor : Ragnarok" promettait que le long-métrage s'assumerait enfin comme une comédie de fantasy et non pas comme un film de fantasy avec quelques blagounettes.

Même si un film de cette saga n'a jamais été aussi agréable parce que ce troisième volet est celui qui se rapproche le plus de l'attachant nanar pété de thunes, ça ne suffit pas parce que l'humour obéit toujours à cette irritante logique de désamorçage si chère à Marvel Studios. Tout pourrait se résumer dans cette embarrassante représentation théâtrale des drames ayant agité la famille de Thor, preuve des erreurs commises par "Thor : Ragnarok" dans le traitement de sa mythologie.

Il peut la tourner en dérision mais les rires des spectateurs et l'absence de mise en scène autour de ce spectacle constituent des preuves que le film la prend de haut et que même ses personnages n'y croient pas. De l'autre côté de l'écran, rien ne nous incite à nous investir émotionnellement dans les événements du long-métrage puisqu'on sait d'avance que l'humour emploiera la facilité pour désamorcer tout drame naissant et même pas en étant drôle en plus mais ce n'est pas en utilisant des ficelles aussi grosses qu'on tire des sourires.

Se rendre compte que les liens entre Thor et Hulk parviennent encore à nous affecter un peu tient alors presque du miracle. Au détour d'une scène de dispute, le colosse de Jade dépasse enfin le statut de Diable de Tasmanie dans lequel la saga "Avengers" l'avait enfermé.

Se dessine alors l'une des nombreuses facettes qui en fait un personnage aussi complexe qu'émouvant dans les comics, celle de l'enfant colérique et peiné. Certes, nous sommes encore à distance raisonnable de la dimension psychanalytique du personnage mais cette première étape constitue déjà en soi une première victoire même si Marvel Studios a avant tout décidé de le faire parler plus mais de manière toujours aussi simpliste parce que « Lol, il est débile ».

C'est peut-être le seul adjuvant un tant soit peu respectable parce que la Valkyrie ressemble à ce qu'aurait pu être "Jessica Jones" si Netflix n'y avait pas mis son grain de sel, Loki n'a toujours rien de plus à offrir par rapport au premier film et Anthony Hopkins en a marre d'Odin, c'est officiel.


Auriez-vous projeté de mettre de la fin du monde dans votre film de fin du monde ?

Bien évidemment, l'une des premières victimes de la comédie dans "Thor : Ragnarok" est… Ragnarok. La fin d'Asgard, t'as vu jouer ça où ? Taika Waititi annonce d'entrée de jeu qu'il s'en bat les steaks en foutant un gag pour empêcher Thor de se concentrer sur l'exposition des enjeux du film.

Le montage séparera par la suite l'action en deux lieux et c'est bien entendu celui où on essaie de déclencher l'apocalypse qu'on va voir le moins voire complètement oublier avant l'arrivée du climax. Il n'y a donc aucune montée en puissance, aucun sentiment de proximité croissante du Jour du Jugement dernier. La menace se devait d'être exceptionnelle mais c'est à un énième sauvetage du jour auquel on a le sentiment d'avoir le droit et le détournement d'un des codes de la fin du monde n'est pas une compensation suffisante.

Malgré ça et le potentiel tout juste effleuré du personnage de Skurge, on a une méchante qui s'élève au-delà de l'oubliable et c'est suffisamment rare d'avoir un vilain correct chez Marvel Studios que cela mérite d'être signalé. L'histoire d'Hela non seulement lui offre un minimum de caractérisation mais lui donne aussi d'emblée de l'importance et Cate Blanchett sert le personnage par son jeu : l'air méprisant, la démarche prétentieuse et le ton hautain, la comédienne fait sens par son jeu seigneurial avec le sang bleu et le statut de Dauphin avec un vagin de la déesse des morts.


Joli, Jack !

"Thor : Ragnarok" promettait d'enfin délaisser notre morne planète et donc de nous épargner l'esthétique de supermarché trop présente dans les superproductions actuelles. À l'exception d'une poignée de scènes, la promesse est tenue et la direction artistique en fait l'un des plus jolis films de Marvel Studios jusqu'à maintenant malgré quelques effets spéciaux un peu dégueulasses.

La géométrie des décors et des accessoires, les couleurs chatoyantes et séparées autant que possible, l'imagination débridée qui touche à une certaine forme de pureté dans sa candeur… Cet univers aussi riche qu'aéré est l'une des adaptations sur grand écran les plus abouties qu'on ait pu voir du style de Jack Kirby. D'ailleurs, c'est plus la mise en valeur de la toile de fond que l'action en elle-même que l'on retiendra d'une scène de poursuite de vaisseaux.

Tiens, quitte à parler spectaculaire, signalons que les scènes d'action sont d'une lisibilité étonnante vu leur découpage excessif. Toutefois, cet abus de la coupe empêche le tout d'être un tant soit peu épique et de suivre une montée en puissance.

En parlant de puissance, il faudra confronter Thor à Hulk pour qu'on se rappelle de la force divine des personnages. Et quand la bagarre est seulement satisfaisante parce que la caméra se met à chevaucher Mjöllnir ou parce que Hulk exécute une German suplex sur un plus-très-Minilou, c'est mieux d'éviter de mettre quelque chose d'aussi génial que Immigrant Song de Led Zeppelin en fond sonore parce que ça rappelle au spectateur que ce qu'il voit n'est pas digne de ce qu'il entend. Mais bon, ces instants font quand même partie des rares moments où "Thor : Ragnarok" est vraiment fun donc autant en profiter un peu…

En parlant zizique, on a aussi une bande originale qui s'élève au-delà de l'oubliable et c'est suffisamment rare d'avoir une bande originale correcte chez Marvel Studios que cela mérite d'être signalé. Signée Mark Mothersbaugh (Mutato Muzika et donc le remix de Hey Jude des Beatles pour "La Famille Tenenbaum", c'est en partie lui), elle n'est que sympathique parce que si on lui retire les sonorités électroniques, on doit se retrouver face à ce que n'importe quel Brian Tyler nous offre d'habitude. Et puis le peuple n'est pas dupe, il a parfois l'impression que sa Megadrive est en train de tourner donc il sait qu'il est face à du doudou, hein…


Et j'aurai ma vengeance, dans cette vie ou dans l'autre

"Thor : Ragnarok" est le meilleur de la saga mais ça ne mérite toujours pas la moyenne. Aussi joli que creux, son absence d'enjeux le rend extrêmement irritant et paradoxalement il assume tellement sa superficialité qu'il arrive à en être légèrement moins désagréable. Il est tout de même rageant de se dire qu'il ne fera que conforter chacun dans ses positions vis-à-vis de l'Univers Cinématographique Marvel.
Auteur :Rayane Mezioud
Tous nos contenus sur "Thor : Ragnarok" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"

ça peut vous interesser

Les Eternels : De nouvelles images !

Rédaction

Jungle Cruise : La croisière s’amuse

Rédaction

OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire: A Moore, Gloire et Beauté

Rédaction