29 juillet 2021
Critiques

Titane : Curieux métal

Par Zahra Mahi

"Titane", deuxième long métrage de Julia Ducournau, sorti le 14 juillet 2021 en salles, est une révélation cinématographique après son premier film, "Grave", qui racontait l’histoire d’une étudiante vétérinaire qui sombrait dans le cannibalisme. Pour ce qui est du trash et du gore la réalisatrice a su nous perturber en révélant une actrice hors-normes que l’on revoit en personnage secondaire dans "Titane".

"Titane", c’est l’histoire d’une jeune fille, Alexia, un peu garçon manqué un peu rebelle, agitée, et qui va vivre un drame : suite à un accident de la route dans la voiture de son père elle est touchée au cerveau et subit une opération lourde. Les chirurgiens lui posent alors une plaque de titane au niveau du lobe temporal. Elle survit. Puis, on la découvre jeune femme : elle commence à travailler comme danseuse dans le milieu de la nuit et devient vite célèbre de part sa particularité : une cicatrice en forme de cerveau près de son oreille...

Le corps, une entité morale

Le corps dans "Titane" est représenté tel un objet de désir, mais aussi comme vecteur de souffrance. Au-delà du regard esthétique sur le corps s"ajoute un regard métaphysique en filigrane. Le corps s’efface pour laisser place à l’intime, au soi, à la conscience... On voit tellement de corps nus, ensanglantés, modifiés que notre vision devient anatomique comme si on les observait à travers des rayons X. Les corps sont des personnages à part entière, car ils vivent, ils sont en mouvement, ils évoluent, ils meurent...

Julia Ducournau montre des conditions physiques extrêmes que cela soit lorsque Alexia se travestit pour échapper à la police ou lors de sa grossesse qu’elle tente de cacher. En effet, dans "Titane", est également abordée la question du déni de grossesse. C’est ce choc émotionnel qui rend Alexia plus sensible aux personnes qui l’entourent, notamment celui qui la considère comme son fils (Vincent Lindon).

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Vincent Lindon / Copyright : Diaphana Distribution
Une serial killeuse amoureuse

Alexia fuit les sentiments. Elle ne ressent même pas de l’amour pour ses parents. Elle entretient des relations froides avec son entourage. Toutefois, elle va succomber à la bienveillance de son père d’adoption (Vincent Lindon) qui veut que la(le) protéger et qui l’intègre comme apprenti dans la caserne de pompiers qu’il dirige. Pourtant, Alexia est agitée par des désirs mortifères...

Des voitures pour les garçons

Alexia est une petite fille qui aime les voitures, voire un peu trop, car, même après son accident, elle éprouve de l’affection pour la voiture de son père qu’elle embrasse à la sortie de l’hôpital. Puis, s’en suit une gradation ascendante : après le flirt et la séduction, Alexia a une attirance particulière pour les bagnoles. C’est un amour charnel, quasi-mécanique...

Est alors posée la question de la virilité dans la deuxième partie du film. Dans un milieu presque exclusivement masculin (la caserne des pompiers) Alexia, qui n’a toujours pas révélé son identité, joue avec les codes : elle danse, comme lors de la première scène, en étant déguisée en homme, sous le regard gêné, rempli de phobie, des pompiers présents.

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Agathe Rousselle - Copyright Carole Bethuel
Une ambiance glauque

Pendant tout le film, on ne voit pas la lumière du jour. L’atmosphère est plutôt sombre, étrange. Le spectateur est sous pression et il est difficile de décrocher une seconde. C’est les yeux grands ouverts qu’on plonge dans l’univers grisant, mais captivant, d’une personne (fille ou garçon) attachante et complexe à la fois. Le plan-séquence de la première scène est lui aussi troublant, car il annonce la couleur de ce thriller très dark. En effet, Agathe Rousselle (qui a tourné 37 fois cette scène) se transforme en danseuse professionnelle et torride sur une musique décalée. Les scènes de meurtres, elles aussi, sont accompagnées d’une musique douce et joyeuse. Ce qui pourrait être perturbant, mais qui tempère l’horreur des actes commis par l’héroïne.

Avec "Titane", qui n'est pas sans faire penser au "Crash" de David Cronenberg par certains de ses aspects, Julia Ducournau questionne le genre, l’identité sexuelle, la condition féminine dans les milieux dits masculins, les douleurs obstétricales ainsi que la paternité. Autant de thèmes qui font de ce film un chef d’œuvre stupéfiant qui soulève des sujets nécessaires malgré la violence crue qu’il pointe du doigt. On ne saurait que vivement recommander "Titane" et lui souhaiter le meilleur au Festival de Cannes. Une palme d’or ?

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