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To Rome With Love de Woody Allen : La critique

On se pose la question chaque année : que donne le Woody nouveau cru ? Après Londres, Barcelone, Paris, Woody Allen pose ses valises à Rome avec "To Rome With Love", pour y déployer une sorte de film choral. Au final, on en retire quelques bons mo(men)ts, mais "To Rome With Love" frappe par son caractère inégal. Dans le traitement des personnages, dans l'humour, dans l'importance accordée à chaque histoire. Un cru sympathique, mais mineur.

Gourmand, Woody ? Si l'avalanche de personnages dans Minuit à Paris était parfaitement orchestrée autour d'un noyau scénaristique et du personnage interprété par Owen Wilson, il n'en est rien ici. Le début de "To Rome With Love", assez logiquement, met en place les quatre histoires qui vont s'entrecroiser tout au long du film… et c'est assez laborieux. Le film ne trouvera jamais vraiment la bonne articulation entre ces histoires évoluant en parallèle, en en délaissant parfois une pendant trop longtemps, ou en nous infligeant la frustration de ne voir apparaître aucun rapport entre elles, si ce n'est par leurs thématiques, et encore.

Ceci étant posé, Woody Allen a le mérite de s'essayer à un ton qui ne lui est pas familier : l'absurde. Oui, l'absurde. Pour le pire et pour le meilleur ! Le meilleur se trouvera dans le segment dans lequel lui-même joue. Il interprète un éditeur de musique classique à la retraite, venu à Rome pour rencontrer le fiancé de sa fille et les parents de ce dernier. Frappé par la voix du père lorsqu'il chante sous la douche, il parvient à le convaincre de faire des essais. Mais il s'avère que Giancarlo ne chante bien que sous la douche… qu'à cela ne tienne, il se savonnera sous la douche, sur scène.

Autant cette idée est loufoque, burlesque, et hilarante, autant ce que Woody Allen tente de faire avec le personnage de Leopoldo, interprété par Roberto Benigni, tombe complètement à plat. Leopoldo devient célèbre du jour au lendemain, sans raison, et subit les assauts des journalistes qui se gaussent de la savoir préférer les tartines grillées ou de porter un caleçon plutôt qu'un slip. Des scènes qui ne sont même pas drôles, et qui finissent par exaspérer.

On distinguera du film deux thèmes : le désir et la célébrité. Entre le jeune étudiant en architecture (Jesse Eisenberg - Jack) troublé par l'arrivée de la meilleure amie sexy (Ellen Page - Monica) de sa copine, et le jeune couple marié qu'un quiproquo soumet à la tentation de l'adultère, les personnages sont bel et bien titillés, moralement et physiquement.

La nouveauté, c'est que là où dans d'autres œuvres de Woody Allen, ils auraient passé une bonne partie du film à se demander s'ils devaient/pouvaient craquer (on se souvient notamment de Vicky – Rebecca Hall – dans "Vicky Cristina Barcelona"), ils se livrent ici à la passion avec une relative facilité, tendance plus vaudeville que drame. Et c'est assez réjouissant. Mention spéciale pour la scène du déjeuner huppé, où Anna la call girl (Penélope Cruz) est reconnue par tous ses clients, et pour les interventions d'Alec Baldwin en mode « petit diable » auprès de Jack, dans les scènes où il n'est vu et entendu que par lui, et qu'il tente de faire admettre au jeune homme son attirance pour Monica.

Autre thème : la célébrité, le pouvoir, et ce qu'ils apportent. La partie mettant en scène Roberto Benigni est donc la plus faible, et n'apporte pas grand-chose. En revanche, plus intéressante est l'histoire de ce père de famille préférant garder son don pour lui (« Il est notre Caruso personnel », dira de lui son fils, qui pense que son futur beau-père veut avant tout faire de l'argent sur le dos de son père), mais finalement convaincu par un Woody Allen galvanisé par une possible reprise d'activité, lui qui assimile la retraite à la mort, comme le lui fait justement remarquer sa femme psychiatre (excellente Judy Davis). En filigrane, l'obsession du réalisateur au sujet du fait de réaliser quelque chose de grand, un chef d'œuvre avant de mourir, se fait jour, et se révèle plutôt touchante.

On pardonnera finalement à Woody ce scénario mal ficelé, bancal tant il se révèle efficace dans sa manière de filmer Rome. Qu'il s'agisse de son antre, New York, ou d'une autre grande ville, il a toujours su utiliser son décor pour servir l'histoire. Ici, comme le laissait présager l'affiche, c'est un Rome de carte postale qui s'offre à nos yeux, mais dans le bon sens du terme. Les plans de la ville ne sont pas de purs clichés mais transpirent littéralement la dolce vita. Et il suffit de voir les personnages s'exclamer sur la vue qu'ils ont depuis leur terrasse pour avoir envie de prendre le premier avion. "To Rome With Love" baigne dans des tons chauds, orangés, nous prend par la main pour nous emmener en balade et nous laisse sur un plan magnifique de la Plaza di Spagna. Et tous les chemins ne mènent pas à ce Rome-là.

Auteur :Audrey Jeamart
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