Critiques

Top Gun Maverick : Un émouvant (re)décollage

Par Yaël Djender

Véritable missile nostalgique et petite merveille de réalisation, Top Gun Maverick de Joseph Kosinski peut aussi compter sur un cœur immense pour se mettre le public dans la poche.

Aucun doute là-dessus : le capitaine, c’est bien lui ! Tom Cruise, c’est le visage de l’Amérique. C’est également la garantie presque automatique du succès d’un long-métrage. Un peu à l’image d’un label qualité. "Mission Impossible" (et ses suites), "La Guerre des Mondes", "Collateral", "Jack Reacher", "Rain Man"… "Top Gun". Déjà héros du premier volet en 1986, Cruise rempile donc 36 ans plus tard pour refaire « brûler du kérosène ».

Dans "Top Gun", on suivait les aventures du jeune virtuose du pilotage, Pete Mitchell, dit « Maverick » (Tom Cruise). Alors qu’avec son coéquipier Nick « Goose »Bradshaw (Anthony Edwards) ils intégraient l’une des plus prestigieuses académies d’aéronautique des États-Unis, les deux compères allaient vite être confrontés à la réalité du terrain…

Dans Top Gun Maverick, on tente tant bien que mal de rattraper le temps perdu. De recoller les morceaux. Personne n’a oublié la mort de Goose en mission à l’issue du précédent film. Surtout pas son fils, Bradley « Rooster » Bradshaw (Miles Teller, star de "Whiplash"). La candidature de ce dernier à une mission d’un grand danger mettra ainsi Maverick dans une position très délicate. Tout juste devenu instructeur, celui-ci va donc devoir choisir entre conduire le jeune homme à une mort certaine en le sélectionnant, ou l’empêcher d’accéder à ses rêves en le recalant… Tout un dilemme !

De quoi donner des sueurs froides au réalisateur Joseph Kosinski ("Tron l’Héritage", "Oblivion"). Passer après l’inoubliable travail du défunt Tony Scott n’était pas une mince affaire. Ça l’est encore moins lorsque Hollywood vous reproche votre inexpérience. Avec « seulement » trois films à son actif, il faut dire que le cinéaste ne faisait pas forcément figure de candidat idéal pour le poste. Pourtant, Kosinski ne perd jamais la face. Bien aidé par une distribution XXL, des acteurs aux scénaristes en passant par les musiciens, il nous met même une jolie claque. Il y a donc des raisons de croire que l’espoir est toujours permis pour les revivals tardifs de sagas cultes !

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Tom Cruise - Copyright Paramount Pictures
Un plaisant rendez-vous en Danger Zone

Mais loin de nous l’idée de louanger le concept. "Independence Day : Resurgence" ou "Terminator : Dark Fate" sont des contre-exemples suffisamment explicites de suites ratées. À vrai dire, la grande majorité des studios qui se sont aventurés sur ce terrain s’y sont perdus. Top Gun Maverick se classe (malgré lui) au rang des exceptions qui confirment la règle. D’abord parce qu’il joue intelligemment avec la nostalgie des fans. Et leurs attentes. On retrouve alors avec émotion « Danger Zone ». Le titre de Kenny Loggins ouvre brillamment le film de ses sonorités 80s. Puis on aime à se rappeler de la rivalité des premiers temps lorsque Val Kilmer reparaît dans son rôle de Tom « Iceman » Kazansky. On finit par docilement s’abandonner au passé dès lors que Tom Cruise se la joue à nouveau tête brûlée depuis le cockpit de son F18…

Ici tous ces éléments se conjuguent toutefois au présent. Plus qu’un service rendu rendu aux aficionados de "Top Gun", ils sont un moyen d’assurer une certaine continuité dans le récit. Il ne faut finalement y voir que des ustensiles au service d’un intérêt supérieur : celui de raconter une histoire. Bien entendu, Top Gun Maverick n’a pas le scénario du siècle. Il est toujours question d’avions de chasse et de mission en terrain ennemi. Mais au diable la complexité ! L’émotion injectée fait bien à elle seule office de supplément d’âme. On a de point de vue droit à une belle opposition de style entre Tom Cruise et Miles Teller.

Le deuil et la tristesse de Rooster rencontrent la peur du changement de Maverick. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il faut avoir le cœur solidement accroché. Le long-métrage sait aussi nous faire rire. Pour ça, il faudra penser à remercier Penny Benjamin. Le personnage de Jennifer Connelly sait se défaire des codes du personnage secondaire féminin. Loin des faire-valoir d’antan, elle sait ridiculiser le « fossile » Maverick quand c’est nécessaire. Et que ça fait du bien.

Mais là où le film frise les sommets, c’est dans sa gestion de l’action. Les combats aériens sont à couper le souffle. Si bien qu’il arrive de se surprendre en apnée totale. On ne regarde pas les pilotes : on est avec eux. À cet égard, difficile de trouver une expérience comparable dans les blockbusters les plus récents. Top Gun Maverick est une expérience cinématographique hors pair. Étonnamment supérieur à son prédécesseur, elle se défait avec facilité de la malédiction des suites pour nous servir 2 heures et 17 minutes d’un plaisir intense. Incomparable. Les réactions dithyrambiques du public à Cannes, où le film a été présenté hors-compétition, finiront certainement de vous convaincre de, vous aussi, prendre votre envol...

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