Critiques

Tout peut changer : La critique du film

par Alexa Bouhelier-Ruelle

« La misogynie est tellement ancrée dans notre société qu’elle ne se remarque même plus. Les femmes n’ont aucun impact à part leurs rôles de potiches. »


 "Tout peut changer" et il est temps ! Seulement 11 femmes de couleur ont eu des premiers rôles dans des films l’année dernière, et seulement une seule femme dans toute l’histoire du cinéma a été récompensée en tant que meilleure réalisatrice aux Oscars (Kathryn Bigelow). Sans mentionner le fait que 92% des réalisateurs des films à gros budget en 2018 étaient des hommes, même si les chiffres de 2017 démontrent que, dans le Top 100 des meilleurs films, ceux ayant pour personnage principal une femme étaient bien plus rentable, et de 38% !

En plus de tous cela, le Dr. Martha Lauzen, en collaboration avec le Centre d’Études sur les Femmes dans les Médias et le Cinéma, publie comme chaque année un rapport accablant sur les femmes à Hollywood. « Les hommes critique de cinéma sont bien plus nombreux que les femmes critiques de cinéma, les dépassant de presque la moitié. Donc les hommes continuent à dominer la conversation sur les films en tous genres dans n’importe quels types de médias. Dans le paradigme du genre au cinéma, les hommes ne se contentent pas de composer la majeure partie des réalisateurs, mais ils sont aussi plus à même d’avoir le dernier mot sur la qualité d’un film et d’influencer la vision de la société sur ce dernier. »    

En mettant en scène, dans des interviews complètes, un groupe de femme venant d’horizons distincts, toutes travaillant devant et derrière la caméra, "Tout peut changer" offre un résumé bien ficelé d’une histoire qui démontre comment, depuis des générations, le sexisme et les préjugés dans l’univers du divertissement ont mis à l’écart et condamné au silence les personnes qui ne sont pas des hommes blanc et hétéros. Ce documentaire va même plus loin en montrant comment, aujourd’hui, la bataille devient juridique, avec chiffres et preuves à l’appui. C’est un combat qui mérite peut-être plus que jamais d’être mis en lumière. Le combat d’une vie, pour les futures générations. Un combat qui commence très jeune et qui a peut-être débuté avec un premier ticket acheté pour le film "Wonder Woman" sorti en 2017...

"Tout peut changer" (produit par l’actrice et activiste Geena Davis qui se demande encore pourquoi le succès de "Thelma et Louise"» n’a pas fait évoluer les mentalités à Hollywood) fonctionne comme un petit mémo à destination de l’industrie du cinéma. "Tout peut changer" fait écho au mouvement « Time’s Up » créé aux États-Unis à la suite de l’affaire Weinstein. Même si le thème principal n’est pas forcément ancré dans les abus de pouvoir, la conversation reste ouverte. Cependant, le documentaire se concentre principalement sur la nécessité de partager ce même pouvoir de manière égale entre les sexes.

La réalisatrice de "Wonder Woman", Patty Jenkins, est l’une des nombreuses voix présentes dans "Tout peut changer". Cette femme et beaucoup d’autres se réunissent pour prouver aux petites filles du monde, et aux jeunes garçons, que les femmes aussi peuvent être des héros, les personnages principaux, les protagonistes de toutes les histoires que l’on peut raconter. Geena Davis en a fait son cheval de bataille. À ses cotés Natalie Portman, Chloë Grace Moretz et bien d’autres parlent au réalisateur Tom Donahue, sans aucun apitoiement sur leur sort, sur le traitement fait aux femmes au sein de cette industrie du cinéma.

Rose McGowan, qui est maintenant une figure inextricable du mouvement #MeToo aux États-Unis, revient sur le fait d’avoir souvent été la seule femme sur les plateaux de tournages au début de sa carrière, et comment elle s’est très vite rendue compte de l’œil que pouvait porter les réalisateurs et autres membres masculins de l’équipe sur son corps devant la caméra. De son côté, Sharon Stone se rappelle comment un réalisateur lui a un jour demandé de s’assoir sur ses genoux pour lui expliquer une scène dans laquelle elle jouait en face de Tom Hanks, et cite comment si peu d’opportunité sont données aux femmes derrière la caméra.

Natalie Portman fait rire l’audience quand elle évoque les deux réalisatrices avec lesquelles elle a eu la chance de travailler, dont une se trouvait être elle-même. Cependant, les statistiques sont tristement fondées. Les femmes reviennent de loin, et le fait que cette cause soit toujours traitée en 2020 comme une bataille de la part d’une minorité de la population, alors que les femmes constituent la moitié de cette même population, est incroyable.

La plus grande force de ce documentaire réside donc dans ces interviews pleines d’émotion et d’espoir, dans lequel des femmes parlent à coeur ouvert et montrent ô combien il est important de se voir représenter de manière diverses et nuancées, et de manière réaliste. Mais aussi comment les plus jeunes générations sont influencées par ce qu’ils perçoivent à l’écran et comment cela peut influencer leur destin et leur choix futurs.

« Nous apprenons aux jeunes que les filles et les femmes en général ne prennent pas plus de place que la moitié de l’espace sur cette terre. » déclare Geena Davis. Et encore, la bonne partie de ces personnages féminins sont marginalisés ou renvoyées au second plan. Cela envoie un message clair au public de ce qui est attendu des femmes dans notre société. Et si seulement des hommes hétérosexuels blancs ont le monopole de l’accès à cette machine de création qu’est Hollywood, alors nous avons besoin de bien plus de femmes engagées pour mener cette bataille, mais aussi beaucoup plus d’hommes tel Tom Donahue pour les soutenir.

Inévitablement, il y aura des spectateurs perplexes qui ne comprendront pas pourquoi une femme n’est pas aux manettes de ce documentaire (même si 75% de l’équipe du film est bel et bien composée de femmes). Toutefois, ce qu’il faut comprendre, c’est que cette question de représentation est un problème qui nous touche toutes et tous, à l’écran ou en dehors. Et même si des figures telles que Natalie Portman ou Maria Gise sont en première ligne des manifestations pour les femmes. Il faut encourager les personnes qui n’ont rien à gagner dans tout cela à être solidaires. Chacune et chacun d’entre nous doit être proactifs pour faire avancer cette noble cause.

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