16 octobre 2021
Critiques

Tout s’est bien passé : Pas de pleureuse

Par Clara Lainé

"Pas de pleureuse". Ce sont les derniers mots, ou presque, que le personnage joué par André Dussollier adresse à sa fille dans le film "Tout s'est bien passé" avant de monter dans l'ambulance qui le conduit en Suisse. Là bas, il a décidé de mourir. Âgé de 85 ans, victime d'un accident vasculaire cérébral, cet homme, d'un égoïsme qui frise parfois la cruauté, exige de sa fille qu'elle l'aide à en finir. Un sujet pas des plus joyeux. C'est le moins que l'on puisse dire. Pourtant, François Ozon met un point d'honneur à ne pas tomber dans le pathos : l'impétuosité d'Emmanuelle et le cynisme d'André forment une équation réussie. Voilà qui évite au film une certaine grandiloquence autour du sujet de l'euthanasie (qui, soyons honnêtes, se serait clairement apparentée à de la facilité.) Même, il nous arrive plusieurs fois d'esquisser un sourire tant les personnages transpirent d'humanité. Cette dernière les transpose d'ailleurs à plusieurs reprises dans des situations risibles, mais toujours tendres. Cela fait du bien d'avoir des temps de respiration entre des séquences autrement moins légères.

L'autre point fort de "Tout s'est bien passé" est incontestablement le casting. Sophie Marceau excelle dans le rôle d'Emmanuelle dont l'énergie semble inépuisable. La force de cette femme, qui accompagne ce père insupportable vers la mort sans faillir (ou presque), est des plus touchantes. D''autant plus lorsque l'on sait que le scénario s'appuie sur le vécu d'Emmanuelle Bernheim (en effet, le long-métrage est une adaptation de son livre autobiographique Tout s'est bien passé).

À ses côtés, on trouve sa sœur, Géraldine Pailhas, avec laquelle elle forme un duo plutôt convaincant quoiqu'un peu trop inexploité à mon goût. Aucun des flash-backs présents ne la mentionne. On comprend rapidement que le duo vedette du film est constitué avant tout par Sophie Marceau et André Dussollier. Ce dernier offre une performance admirable dans ce rôle d'homme diminué à l'élocution compliquée. En dépit de son égocentrisme, il parvient à nous émouvoir à plusieurs reprises. Et d'ajouter que la complexité de son personnage a quelque chose de fascinant.

Enfin, mention spéciale à Eric Caravaca (le mari d'Emmanuelle) dont la présence apporte une dimension supplémentaire au personnage de Sophie Marceau. Malgré la fugacité de ses interventions Eric Caravaca crédibilise beaucoup le film. Tant par sa pudeur que par le fait qu'il nous soit très facile de s'identifier à lui. Au fond, notre position de spectateur rejoint celle de cet homme, passif face à ce drame familial dans lequel il tente difficilement de trouver sa place.

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Géraldine Pailhas, Sophie Marceau, Hanna Schygulla - Copyright Carole BETHUEL/Mandarin Production/Foz
Vous l'aurez compris : le dernier film de François Ozon m'a convaincue. La pudeur du ton employé et la délicatesse avec lequel le réalisateur est parvenu à entremêler les thèmes de la sororité, du deuil, de l'amour, de l'homosexualité, de la rancœur et de la mort me fait dire que "Tout s'est bien passé" est un film à voir.

Deux parenthèses cependant, qui m'empêche de l'élever au rang de coup de cœur. La première concerne la mise en scène un peu trop classique et prévisible. Les séquences dans l'hôpital se multiplient et le manque d'innovation des plans a quelque chose d'un peu décevant. La seconde est un regret par rapport au commencement de l'histoire. Elle met du temps à démarrer, peut-être trop. Aussi, le voyage ne commence véritablement que lorsque André annonce à sa fille son désir de mourir. Or, ce moment intervient un peu trop tardivement à mes yeux. Certes, le décor et l'ambiance doivent être plantés mais point trop s'en faut ! Sinon, le spectateur commence à trépigner sur son siège (ce qui fût mon cas).

Enfin, pour terminer sur un point positif, je souhaite souligner que le traitement d'un sujet aussi polémique que celui du suicide assisté est particulièrement fin dans "Tout s'est bien passé". Ici, pas de parti pris ostensible. Certes, "Tout s'est bien passé" conserve une dimension politique de par le sujet qu'il traite. Pourtant, le matériau principal du réalisateur demeure cette femme incarnée par Sophie Marceau. Elle ne ne sortira pas indemne d'une telle aventure.

Dénuée de tout manichéisme, l'histoire à laquelle on assiste, nous pousse à nous interroger sur la législation française portant sur l'aide au suicide. Sans pour autant nous encourager à adopter un positionnement clair. En effet, François Ozon lui-même ne délivre aucune réponse tranchée. Toutefois, n'est-ce pas justement là que réside la beauté de son cinéma ? Proposer des pistes de réflexion ? Orienter le regard sans toutefois jamais dicter au spectateur ce qu'il doit penser ?


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