16 octobre 2021
Critiques

Tout s’est bien passé : L’émotion du raffinement et de la simplicité

Par Marine Fersing


En avril dernier, l’Assemblée Nationale débattait sur l’adoption d’une nouvelle loi sur l’euthanasie. Depuis des années, le sujet est régulièrement présent dans les médias français. Le monde de l’art n’y fait pas exception. Publié en 2013, le livre Tout s’est bien passé d’Emmanuèle Berhneim évoque la demande de son père de l'aider, elle et sa sœur, à en finir avec la vie. Ce dernier ne souhaite pas subir dans ses dernières années les séquelles de l’AVC dont il a été victime. Avec son adaptation éponyme du roman, François Ozon arrive à trouver un juste équilibre entre la violence de cette situation et la délicatesse de la manière dont il l’aborde.

La difficulté de voir ses parents vieillir

Comme attendu, le sujet de l’euthanasie est au coeur du film. Que cela soit la question de comment accepter une telle demande de la part de son père ou de comment contourner les lois françaises à ce sujet, aucune étape de cette décision lourde de conséquences n’est laissée de côté. Pour autant, "Tout s’est bien passé" pose une question plus large : comment réagir face au vieillissement de ses parents.

Il n’y a pas que le personnage d’André (André Dussollier) dont la fin de vie est difficile à contempler. Celle de la mère, Claude (Charlotte Rampling) n’en est pas moins douloureuse. Les deux sœurs Emmanuèle (Sophie Marceau) et Pascale (Géraldine Pailhas) sont impuissantes face au phénomène du temps. Le spectateur est amené à se questionner : que ferait-il si l’un de ses parents lui demandait de l’aider à en finir ?

"Tout s’est bien passé" montre de manière intéressante comment les rôles parents-enfants peuvent être renversés avec le temps. Une nouvelle forme de relation entre père-filles voit le jour: celle de l’amitié et de l’entraide qui l’accompagne.

Quand l’amour mène à la mort

Est-il juste de demander à ses propres enfants de nous aider à mourir ? Les avis divergent selon les différents personnages du film. L’insistance du père, André, le présente comme un être égoïste et peu sympathique. L’impressionnante interprétation d’André Dussollier vient tout de même nuancer ce propos. L’acteur nous montre avec perfection la difficulté de la condition physique de son personnage.

Vivre ce n’est pas survivre". Cette phrase prononcée par le père nous fait comprendre la décision qu’il a prise. Si ce dernier peut sembler ne pas avoir conscience de la douleur qu’il cause à ses filles, le laisser vivre dans cet état semble tout aussi égoïste. En comprenant son choix, le spectateur peut commencer à exprimer de la sympathie envers ce personnage. Malgré la gravité de la situation, le père fait preuve d’humour. Ces moments de légèreté viennent contraster avec les phrases frappantes et violentes parfois prononcées.

Cette affection pour le personnage d’André se traduit chez Emmanuèle et Pascale par un véritable amour. Cela se perçoit dans l’aide qu’elles lui apportent, bien entendu, mais aussi dans leurs moments de silence. Alors, leurs pleurs sont sans filtre et il s’agit peut-être là des moments les plus émouvants. Leur douleur n’est jamais cachée mais leur amour pour leur père reste plus fort.

Dans ce film aux couleurs froides, l’amour des deux femmes pour leur père est présent jusqu’au bout et vient quelque peu réchauffer l’histoire, à l’image du pull rouge porté par Emmanuèle lors du dernier dîner avec son père.

Un fin usage des outils cinématographiques

François Ozon nous propose dans ce film une mise en scène qui pourrait être considérée comme simpliste mais de cela naît une belle émotion. La caméra d’Ozon nous invite à aller à la rencontre des personnages et de leur histoire. Elle est souvent proche de ces derniers. Les gros plans, associés aux excellentes interprétations des acteurs, nous permettent de saisir les moindres nuances de leurs sentiments.

Le montage aussi ne crée pas de grandes surprises mais l’usage ponctuel de certaines techniques de montage vient accentuer leur force. Ainsi, le montage alterné utilisé lors de la scène au commissariat renforce le sentiment de solidarité présent entre les deux sœurs.

Ce juste dosage dans l’utilisation des outils cinématographiques se retrouve également dans l’emploi de la musique. Il est important de noter que la musique est très peu présente dans l’ensemble du film et que lorsque nous pouvons l’entendre, elle est quasiment toujours extra-diégétique. Elle est donc ancrée dans l’histoire et sa rareté la rend percutante. La musique joue un rôle important dans la famille d’André. Elle crée le lien entre lui, Pascale et son petit-fils Raphaël. Elle accompagne aussi des moments clefs du film comme lorsque le père énonce pour la première fois à Emmanuèle son envie d’en finir. La musique souligne et aggrave les moments forts du film.

"Tout s’est bien passé" frappe par son élégance et sa délicatesse. Même si certains enjeux du scénario auraient potentiellement pu être légèrement plus développés (comme les flashbacks qui tentent de nous montrer les conflits passés entre Emmanuèle et son père), le film aborde avec réussite le sujet difficile de l’euthanasie. Il permet aux spectateurs de prendre conscience de tous les aspects que cet acte engage, sans pour autant blâmer une quelconque opinion sur la question.

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