18 juillet 2019
Critiques

Toy Story 4 : Terminer n’est pas jouet

Critique du film Toy Story 4

par Rayane Mezioud

Allons très vite en plantant le décor parce que nos aprioris vis-à-vis de "Toy Story 4" correspondent très certainement aux vôtres. Pleurer comme des madeleines devant le chef d’œuvre définitif de Lee Unkrich sorti il y a bientôt dix ans (bon sang, ça date …), on l’a tous fait. Dire qu’il s’agissait là d’une conclusion parfaite à laquelle toute addition tiendrait du crime de lèse-majesté si éhonté que personne ne s’y risquerait, on l’a tous dit. Être tiraillé entre la confiance retrouvée en un studio qui nous a rappelé avec "Vice-Versa", "Coco" et "Les Indestructibles 2" qu’il avait encore la (monsieur) patate et le scepticisme lorsqu’il a finalement décidé d’enfreindre une règle sacrée qu’il avait instauré en 2010, on l’a tous été.

Pourtant, en la transgressant, autrement dit en décidant de faire de "Toy Story 4" une réalité, Pixar rappelle pendant une heure et demie pourquoi il est au sommet de la chaîne alimentaire en prenant ce risque qui se retrouve vite noyé dans nos esprits par l’amalgame entre « suite » et « produit mercantile ».

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On ne naît pas jouet, on le devient

Personne d’autre que le studio à la lampe n’aurait pu se permettre pareille pirouette susceptible de foutre les miquettes à Evel Knievel lui-même. Produit par n’importe quelle autre société, "Toy Story 4" aurait fini par être voué aux gémonies au mieux pour inutilité, au pire pour sacrilège. Cependant, le tableau de chasse de la compagnie parle pour lui-même (à quelques balles perdues près) et elle prouve encore une fois sa lucidité au travers de cette saga dont la prolongation serait forcément remise en cause et qui va donc décider de questionner son droit à poursuivre son existence.

Après quelques minutes de mise à rude épreuve aussi bien des programmes d’animation que des émotions du spectateur, "Toy Story 4" confronte avec le sens du tact d’un enfant de quatre ans Woody au fait que Bonnie ne soit pas Andy en lui ôtant son statut de jouet fétiche puis en l’octroyant à un (savoureux) couvert tuné par la petite. La dimension existentialiste devenant prépondérante, Woody devient logiquement l’allégorie d’une saga dont la raison d’être doit passer par une réinvention pour qu’il puisse justifier du maintien de son existence.

La redondance de la mécanique du confrère perdu qu’il va falloir ramener au bercail trouve donc sa pertinence dans le cadre d’un cheminement préparant à un renouveau ne pouvant logiquement se manifester qu’au bout du sentier. Par la métaphore liant le contenant avec le contenu, Pixar prouve une fois de plus sa capacité à se poser les bonnes questions pour laisser au spectateur la place et l’implication qui lui reviennent dans l’échange entre lui et l’œuvre.

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La boutique des petites erreurs

Si le premier acte lance avec brio ses multiples problématiques qui font autant carburer les neurones qu’elles stimulent les conduits lacrymaux en s’appuyant sur un découpage et une narration impeccables, la suite se déroule avec moins de fluidité. Le nombre pléthorique de personnes créditées à l’écriture, dont Rashida Jones pourtant démissionnaire en raison de divergences « philosophiques », et les deux reports d’un an chacun constituent déjà des commencements de preuves d’un processus créatif délicat.

A l’écran, ça se matérialise par des sujets introduits qui ne trouveront jamais de conclusion et surtout par une gestion moins habile des personnages secondaires dont les trajectoires individuelles s’enchevêtrent sans totalement parvenir à éviter de s’emmêler. Cependant, ce point de réserve n’existe qu’au niveau du récit pur. Sur le plan du développement de personnages par leurs interactions, c’est une toute autre paire de manches.

L’exemple du personnage de Gabby Gabby, bouleversant contre-pied de Lotso, vient tout de même justifier du « sacrifice » des partenaires au profit de Woody lorsque la poupée se fait révélatrice de la nature des motivations qui animent la quête de sens du cowboy et des enjeux de cette quête. Avant cela, Fourchette est également amené par la force des événements à devenir lui-même le révélateur de l’antagoniste après avoir été celui du protagoniste. La seule véritable faute de goût dans l’enrichissement mutuel aura eu lieu du côté de Buzz dont les échanges philosophiques avec Woody l’auront finalement fait intellectuellement régresser au profit d’une blague rapidement usée. C’est tout de même cette intelligence dans le positionnement des personnages en miroirs des psychés de chacun qui l’emporte.

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Woody, la poupée de larmes

Echec inévitable présumé, "Toy Story 4" se mue en une réussite imparable avérée en faisant du questionnement de sa raison d’être son sujet et s’impose sans doute au passage comme la meilleure superproduction de l’été et peut-être même de l’année. De l’art de claquer des bouches.

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