25 juillet 2021
Critiques

Transformers: The Last Knight : Métal beuglant

Mine de rien, la série de longs-métrages "Transformers" est en train de devenir une vieille franchise. En effet, cette année, cela fera une décennie que les Autobots et les Decepticons ramènent leur fraise sur nos écrans de cinéma à un rythme d'une régularité qui leur ont permis de faire à la date d'aujourd'hui cinq films. Malgré cela, il est tout de même assez ardu de trouver des défenseurs de la saga quand bien même les dollars n'ont cessé de pleuvoir à flots sur les robots jusqu'à maintenant. Certes, des séries de films qui ont été traînées dans la boue par les critiques et les cinéphiles en même temps qu'elles ont été adorées par une certaine communauté de fans, il y en a eu pas mal, mais la base de fans de "Transformers" est beaucoup moins bruyante.

Le premier est encore considéré comme regardable parce qu'il était non seulement techniquement innovant à l'époque (on n'avait non seulement jamais vu des transformations aussi complexes illustrées avec tant de détail, mais on n'avait également jamais entendu de tels sons auparavant) mais aussi parce qu'il avait pour lui un gros côté Amblin (en gros, c'est une " relecture " du "Small Soldiers" de Joe Dante mais sans le Small) qui lui donnait un semblant d'âme et lui permettait de faire vibrer le petit garçon de onze ans que vous étiez à l'époque ou qui sommeillait en vous si vous aviez passé l'âge.

C'est par la suite que ça a très sérieusement viré chocolat et qu'on a perdu la simplicité qui parvenait encore à trouver sa place dans tout ce chaos. À partir de 2009, tout n'était plus que chaos et surenchère agressive. Du coup, ça a donné des suites presque totalement interchangeables et toutes plus épuisantes les unes que les autres pour le spectateur. Pourtant, ça a continué à cartonner et, même si le quatrième opus a amorcé une bonne descente au box-office américain, "Transformers : L'Âge De L'Extinction" restait tout de même à un niveau encore à peu près digne de la stature financière de la franchise. En plus, ça a encore progressé à l'étranger parce que la Chine était peut-être au pic de son ascension à l'époque.

Il n'empêche que cette première grosse décélération a traduit que la lassitude commençait à faire son petit bonhomme de chemin, petit bonhomme de chemin qui se poursuit d'un pas on ne peut plus vigoureux avec la vertigineuse chute par rapport au précédent de "Transformers : The Last Knight" aussi bien aux États-Unis que dans la plupart des autres territoires où il sortait la semaine dernière à l'exception de l'Empire du Milieu. On avait déjà fait un état des lieux de la panade morose dans laquelle se trouvait le studio Paramount et le déclin de l'une des deux grosses franchises qui lui reste encore vient tout juste d'empirer sa situation déjà absolument pas enviable du tout.

Apparemment, c'est la dernière fois que Michael Bay réalise un opus de la saga qu'il a démarré. S'il tient parole, c'est tout de même assez dingue de se dire qu'une franchise aussi longue a réussi à conserver un réalisateur sur un tel nombre d'opus et sur un tel nombre d'années. Toutefois, il ne faudrait pas trouver dans ce constat une quelconque pointe de regret parce que sa mise en scène sur la saga a beau être immédiatement reconnaissable et ultra-stylisée, elle n'a jamais été aussi désagréable. C'est peut-être l'opus dont le visionnage est le plus infernal puisque Michael Bay semble constamment agresser son spectateur par l'image et le son.

Comme d'habitude, les plans sont extrêmement courts et alternent à grande vitesse entre de nombreux endroits alors que la caméra ne s'arrête presque jamais de bouger. Même les scènes de discussion - et de polo - sont filmées comme des scènes d'action. De ce fait, "Transformers : The Last Knight" ne s'offre jamais un seul moment pour respirer et fatiguerait presque physiquement le spectateur. Du rythme, il n'y en a pas vraiment dans ce blockbuster puisqu'il enchaîne tout avec la même cadence stakhanoviste alors que les moments de répit sont une nécessité dans un récit.

Comme dit plus haut, la caméra est presque constamment en mouvement même quand elle n'en a pas besoin. Ce serait presque supportable si le son se calmait lui aussi mais non ! Ça jacasse constamment, ça fait tout le temps du bruit et la partition sonore couvre presque l'intégralité des scènes de "Transformers : The Last Knight". Steve Jablonski avait fait un excellent travail sur le premier "Transformers" en nous offrant un très joli nombre de morceaux mémorables avec un vrai souffle. Dans ce cinquième opus, il semble être arrivé au bout de son inspiration et ne nous offre plus que de la bourrinade musicale indigeste qui casse les oreilles. La superproduction met même en avant ce défaut lors d'une scène voulue comique où un robot se la donne grave sur un orgue pendant que Anthony Hopkins fait de l'exposition.

En parlant d'exposition, parlons du scénario. "Transformers : L'Âge De L'Extinction" était un souk sans nom avec ses dix sous-intrigues mais on pouvait au moins y distinguer des sous-intrigues. Cette fois-ci, il est presque impossible de faire un résumé consciencieux de ce que "Transformers : The Last Knight" essaie de raconter tant tout est narré dans une confusion paroxystique. Le problème d'une telle saga n'est pas que les scénarios de ses films sont faméliques, c'est qu'ils sont trop confus, trop touffus ou trop confus et trop touffus. Ici, ça a l'air plus simple que dans le quatrième film mais on a l'impression que le conteur est un hyperactif qui souffre de troubles sévères de l'attention.

La voix-off d'introduction en est le parfait exemple puisqu'elle est censée poser les bases contextuelles du film. Cependant, le montage alterne dans le même temps sur un grand nombre de lieux à grande vitesse donc il est non seulement impossible de se concentrer sur le fond, mais également d'essayer de le comprendre par la forme puisque les images s'enchaînent trop vite pour être un support efficace à ce qui est dit.

Le mélange des Transformers avec l'Histoire et les mythes des Hommes était une idée qui regorgeait d'un certain potentiel. Néanmoins, elle présentait un double tranchant parce qu'on aurait pu verser dans le saut au-dessus du requin. Finalement, on l'évite parce qu'on n'en fait presque rien : une grosse scène de bataille parmi l'armée du Roi Arthur, un ou deux bouts de scène autour de la table ronde, une très courte attaque d'un bâtiment nazi et c'est marre. Quant au revirement de Optimus Prime, sachant qu'il est présent dans deux scènes avant le combat final, il aurait été difficile d'en exploiter la dimension dramatique même si au moins une de ces deux scènes montrait sa confrontation avec ses alliés. Là, il ne les retrouve donc qu'au moment du combat final et repasse du bon côté de la morale suite à un Vox Ex Machina au bout de seulement quelques échanges de bourre-pifs.

D'ailleurs, ce morceau du combat final est ce qu'il y a de plus appréciable dans toute l'action du film parce qu'il est d'une certaine manière relativement épuré (faut pas charrier, on reste chez Bay, les gars et les filles...) : pas d'explosions, d'effets pyrotechniques ou de constructions urbaines à détruire, juste deux robots géants qui se battent au corps-à-corps ou avec des armes pas-à-feu le tout sur une espèce de plate-forme cybertronienne au milieu de l'océan. Le simple fait de voir les eaux battant les belligérants a un côté relativement frais qui permet à cet échange de coups, un minimum chorégraphié, de se démarquer d'un déluge d'action qui pourrait se composer de stock-shots des précédents films sans qu'on n'y trouve quoi que ce soit à redire tant chaque scène ressemble à l'autre et la mise en scène rend le tout encore plus chaotique.

Pour en finir une bonne fois pour toutes, "Transformers : The Last Knight" est une agression sensorielle peut-être encore plus indigeste que son prédécesseur comme chaque suite de "Transformers". Qu'est-ce que ce serait si on n'avait pas pour nous accompagner Mark Wahlberg, le sémillant Marky Mark, un acteur principal qui s'investit tellement totalement dans ce film et qui croit tellement à ce dans quoi il est en train de jouer qu'on en éprouverait presque de l'attendrissement pour lui, le seul élément capable d'insuffler quelques bonnes vibrations dans un tel foutoir.
Auteur :Rayane Mézioud
Tous nos contenus sur "Transformers: The Last Knight" Toutes les critiques de "Rayane Mézioud"

ça peut vous interesser

OSS 117: Alerte rouge en Afrique noire: A Moore, Gloire et Beauté

Rédaction

Bac Nord : En bande organisée

Rédaction

Titane : La Chair et le Sans-Plomb

Rédaction