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Très bien, merci : Soit rebelle et tais toi !

Voilà sans conteste ce qu'il faut retenir du second film d'Emmanuelle Cau, Très bien, merci. Toute ressemblance entre les faits décrits dans le film et la réalité sociale... n'est nullement fortuite. Le développement de l'insécurité (ou la demande de plus de sécurité, comme on voudra) a conduit à un renforcement des pouvoirs de police avec ses effets pervers. Si la police s'est démultipliée de façon flagrante, cela n'a pas été non plus sans donner à certains un sentiment de toute puissance. Au titre des exemples des « abus de pouvoirs », on notait la multiplication des contrôles d'identité parfois totalement arbitraires. A ce titre, Emmanuelle Cuau parle de Très bien, merci comme d'un "film de citoyenne".

Un comptable (Gilbert Melki) assiste à un contrôle d'identité d'un couple de jeunes. Offusqué par la familiarité des services de police, il reste sur place pour observer la scène. La police juge son attitude outrageante et l'interpelle. Notre héros ne sait pas encore que cet « incident » va le mener au bout de l'enfer psychiatrique. Le film a un léger goût kafkaien,(Kafka était plus profond et radical quand même) le développement de l'absurde presque jusqu'à son terme, l'impasse. Très bien merci démontre un engrenage terrifiant tant il est simple.

Le spectateur sera à la fois étonné, choqué, amusé, révolté, perplexe et…anxieux ! En effet, comment ne pas penser que cette situation ubuesque pourrait ne pas nous arriver ? Une autre des questions posées par la réalisatrice est celle des internements abusifs en milieu psychiatrique. Qu'est-ce que la normalité ? Que veut dire être normal ? Répondre à une norme ? Ne pas déranger la société établie ? Laisser faire ? Ou est-ce une donnée médicale ? Il montre comment une apparence peut facilement vous faire interner. Il n'y a pas de fumée sans feu. Et à l'extérieur des murs, où est la norme ?

Chauffeuse de taxi, Béatrice (Sandrine Kimberlain) fait des brèves rencontres avec ses passagers. Dans un taxi, il existe trois possibilités : soit le chauffeur parle beaucoup, soit c'est le client qui raconte sa vie, soit c'est le silence. Le taxi peut devenir, le temps d'un trajet, l'occasion de s'offrir une "petite psychanalyse". Béatrice écoute patiemment tant qu'elle le peut. Mais comment faire face lorsque l'on est confronté à une vraie dépressive et que son mari, normal lui, est enfermé ? Très bien, merci est drôle, fin, intelligent. Il présente un scénario audacieux. Les acteurs sont très bons, et concernant Gilbert Melki, il frôle l'excellent. La morale enfin est joliment perverse puisque pour réussir dans ce monde impitoyable, il vaut mieux garder profil bas, regarder ailleurs, être hypocrite (aussi avec soi même) et savoir tricher.

Une vraie réussite alors ? Malheureusement pas tout à fait. Si beaucoup de scènes sont enchanteresses voire jubilatoires, le liant est entre les différents passages clefs ne se fait pas. Le début est franchement mou, le rythme est quasi-inexistant, et on garde le sentiment de très bonnes scènes placées bout à bout dans un mauvais ensemble. L'ennui pointe parfois très sérieusement. On attend mollement la suite puisqu'on est là. Heureusement, Très bien, merci nous amuse et nous interroge en rappel. C'est un grand dommage pour un film méritant. Il est à voir cela ne fait aucun doute, mais armé d'une sérieuse patience. 
Auteur :Magali Contrafatto
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