19 janvier 2022
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Troie de Wolfgang Petersen : La critique

Par Olivier Bruaux


Homère des Dieux, pardonnez au plus vite la pitoyable prestation d'Orlando Bloom dans "Troie" (distribué par Warner Bros. France) qui semble ne plus bien coller aux personnages héroïques et de jeunes premiers que les cinéastes semblent vouloir lui faire incarner. Seule la magie de Peter Jackson dans la trilogie du "Seigneur des Anneaux" avait su capter son potentiel paré d'une fausse chevelure blonde. Chasser le naturel, il revient au galop ! Son teint brun et sa dégaine maigrichonne nous confortent dans l'idée qu'Orlando Bloom est, pour le moment, employé comme une simple valeur marchande sûre. Pourtant, c'est un acteur inexpressif hors pair. Il semble avoir reporté ses bonnes intentions de jeu au calendes grecques.

Presque mal à l'aise, il se livre à un véritable Pâriside en jupette de cuir. Aussi, son seul succès n'aura été que de faire rire la salle entière dès qu'il se présente casqué et l'épée à la main. Je vous laisse imaginer ses scènes d'amoureux transi dans "Troie" ! A vous donner mal aux intestins. "Il faut que ce soit crédible d'authenticité" s'exclame Bloom dans ses interviews. On ne croit pas une seconde à ses étreintes amoureuses avec la sublime Diane Kruger, talentueuse pour sa part en nouvelle Egéerie des Troyens.

Un péplum héroïque
Les Eric Bana (Hector, frère de Pâris), Sean Bean (Ulysse) et la pléiade d'acteurs chevronnés, comme l'exceptionnel Peter O'Toole, transcendent "Troie" en perpétuant les lettres de noblesse des péplums héroïques.

Mention spéciale pour le grand Brad Pitt. Il est bien décidé à ne pas arrêter de son char comme il avait pu le sous-entendre auparavant. Son charisme, sa force, font de lui le fer de lance d'un film bien réalisé. Son personnage d'Achille donne un sens unique à son existence de demi-dieu. Tout comme un but suprême à sa mort : la postérité au mépris d'un trépas annoncée en cas d'engagement. Une chose est sûre, le bras d'Pitt n'est pas son talon d'Achille. Il soumet tous les acteurs à sa bondissante grâce presque féline.

Brad Pitt annonçait un jeu proche de la folie. Une tournure subtile de son personnage. Voilà qui ne se remarque pas toujours à l'image. Par cet excès de zèle, peut-être l'Apollon d'Hollywood voulait-il renforcer sa propre légende d'acteur ? Mais n'est-ce pas déjà le cas ? Par son intensité, "Troie" respecte cette engagement impératif du genre épique : l'honneur héroïque et guerrier comme seul salut. En illustrant l'éternelle règle de Troie (celle de rester indépendante et souveraine), Wolfgang Petersen s'engage dans une épopée dynamique, tendue et sanglante. La précision et la liberté d'interprétation du mythe permettent d'offrir un contenu didactique. Mais aussi culturel et historique.

En expliquant ou annonçant les événements qui suivront le siège de la ville, Petersen a voulu contre-balancer ses choix scénaristiques restrictifs. Ces derniers concentrent la guerre de Troie en 14 jours. "Troie" ne sera peut-être pas couvert de lauriers. Toutefois, il devrait sublimer les arènes de cinéphiles amateurs de sable et de poussière. Il devrait aussi renforcer l'intérêt des peuples pour les augustes jeux olympiques d'Athènes 2004. Ceci en attendant la prochaine Odyssée.

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