Critiques

Tu dors Nicole : Critique n° 1

C'est l'été, Nicole (Julianne Côté) et son amie Véronique sont un peu paumées et prévoient de passer des jours tranquilles dans la maison familiale. L'été ne s'annonce pas franchement enthousiasmant, les deux jeunes filles ont la maison pour elles, mais n'ont rien à y faire, ça respire l'ennui. Alors elles rêvent, elles se projettent en Islande, entre une envie de faire quelque chose et la naturelle complaisance dans leur flemme commune.

A côté de ça, le grand frère de Nicole et les deux autres membres de son groupe débarquent, détruisant la sérénité que représentait la maison par les sons de leurs instruments ; ils répètent et enregistrent inlassablement, du matin au soir. Rude cohabitation pour Nicole, attachante mais coincée entre ses rapports avec les autres et ses insomnies. Elle flotte sur le nuage que forme son été, que celui-ci soit ou non au beau fixe ; elle se laisse aller, comme dans un rêve éveillé, tel un ballon à l'hélium qui flotte là où le vent voudra bien le porter.

Il faut également mentionner le rôle de Martin, le petit blondinet ; Martin l'enfant baby-sitté d'une dizaine d'années à qui on a collé une voix d'homme. Il est amoureux de Nicole et n'hésite pas à le dire. C'est un personnage touchant qui a mué trop vite. Son personnage – et particulièrement ce procédé grotesque – ajoute une touche comique au film et rend ses répliques sur l'engagement amoureux et sur sa détermination à attendre que Nicole soit prête pour leur relation particulièrement drôles.

En résumé, il ne se passe pas grand-chose au niveau de l'intrique, et ça n'est pas l'important ; le film parle de rien, et il en parle bien. C'est, en effet, la réalisation qui est marquante plus qu'autre chose : c'est un songe en images, la nuit est notamment beaucoup filmée, les corps allongés également, le tout est plutôt doux. Autour de cette thématique, le choix du noir et blanc) fait sens ici : en effet, en apprenant qu'un film récent est en noir et blanc, on cherche parfois l'intérêt. Mais, dans "Tu dors Nicole", le noir et le blanc s'accordent à merveille avec le rêve éveillé, créant une certaine ambiance onirique et mélancolique.

Cette atmosphère est accompagnée d'un cadrage relativement fixe qui évoque des photographies desquelles sortent et rentrent les personnages, de sorte que, parfois, celui qui s'exprime est hors-champ. Mention spéciale à la scène d'errance nocturne de Nicole, où se succèdent les plans fixes dans lesquels elle se promène. De même, les franches coupures noires entre les scènes évoquent le passage d'une diapositive à la suivante (et là, j'ai perdu les plus jeunes d'entre nous : pour une fois que je ne me place pas de ce côté-là !).

En outre, la lumière n'a pas besoin de la couleur pour être efficace et sublime les personnages. La musique omniprésente se mêle à la lumière, mais marque également des transitions entre les scènes. Elle est partagée entre la musique jouée par les acteurs et la musique qui n'appartient pas à la diégèse. Le tout forme un ensemble poétique et contemplatif, parsemé de notes d'humour et de somnambulisme.

"Tu dors Nicole" est un film léger, joli, qui peint une vingtenaire perdue mais fraîche et pleine de rêves par de jolies images et une ambiance qui saisit. Si vous aimez ce type d'esthétique éthérée et délicate, foncez !
Auteur :Carine Eklinger
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