15 décembre 2019
Critiques

Tu veux ou tu veux pas : Oubliable

J'ai vu "Tu Veux Ou Tu Veux Pas", il y a quelques jours, c'était le 03 septembre dernier, en avant première à l'UGC où étaient présents Tonie Marshall, Patrick Bruel et Sophie Marceau. Ils en étaient à leur quatrième intervention de la soirée et pourtant se sont montrés très sympathiques et professionnels;  aucun signe d'ennui ou d'exaspération, même si les questions n'étaient, dans l'ensemble, pas des plus intéressantes (je suis la première d'ailleurs à ne jamais savoir quoi demander...), mais cela nous a quand même permis de mieux comprendre les circonstances de l'écriture du scénario et de la formation du couple à l'écran Bruel/Marceau.

Judith est une jeune femme libérée, qui assume pleinement d'avoir une sexualité plutôt débridée. Ce qui lui vaut d'être virée de son dernier job, Judith ayant tendance à coucher avec ses clients. Par hasard, alors qu'elle recherche un nouvel emploi, elle rencontre Lambert qui crée immédiatement chez elle le désir de le séduire. Lambert est un ancien pilote de ligne reconverti en thérapeute pour couple et cherche une stagiaire pour remplacer sa collègue, temporairement absente. Judith se fait donc passer pour une étudiante en psychologie (en reconversion) et est engagée par Lambert, malgré son absence évidente de qualification. Mais les tentatives de séduction entreprises par Judith vont s'avérer plus compliquées que prévues, Lambert étant un ancien sex addict, aujourd'hui abstinent ...

Après Dany Boon ("De L'Autre Côté du Lit") et Gad Elmaleh ("Un Bonheur n'Arrive Jamais Seul"), Sophie Marceau revient sur le grand écran avec une nouvelle comédie "romantique", pour former, cette fois-ci, un duo avec le très populaire Patrick Bruel. Une comédie qui devrait d'ailleurs, comme les précédentes avec l'actrice préférée des français, trouver son public et donc rencontrer le succès. Même si pour ma part, je n'ai pas trouvé le film très réussi. On a connu d'ailleurs Tonie Marshall bien plus inspirée (notamment avec son grand succès "Venus Beauté Institut", qui lui avait valu le César de la meilleure réalisatrice - seule femme à avoir obtenu cette distinction... et on peut également mentionner "France Boutique").

Certes, l'idée de départ est assez intéressante et on sent que Tonie Marshall a voulu dresser un beau portrait de femme libérée, avec le personnage de Judith, une femme qui aime les hommes, tous les hommes (on pourrait y voir un pendant féminin du personnage de Charles Denner dans "L'Homme qui Aimait les Femmes" de François Truffaut, si on voulait être gentil). Sur ce personnage d'ailleurs, je dois reconnaître que Tonie Marshall doit dire merci à Sophie Marceau, qui réussit à lui donner toute sa fraîcheur et son charme ravageur, évitant ainsi de faire passer Judith pour une nympho (certaines scènes auraient sûrement pu tomber dans le vulgaire sans le côté "ingénue" de l'actrice), ce qui aurait vraiment nuit au film, à mon avis (on est dans une comédie populaire, ne l'oublions pas).

Mais voilà,  malgré son personnage principal et son idée de départ (une femme à hommes qui rencontre de la résistance avec un bel homme), Tonie Marshall n'arrive pas à en tirer un scénario original. A la base, Tonie Marshall avait développé son idée pour en faire une série TV, qu'elle a essayé de revendre vainement pendant des années. Souhaitant tout de même donner vie à son personnage, elle s'est donc tournée vers le cinéma. C'est peut-être ce qui explique pourquoi le film est truffé de détails et de personnages sans importance, qui diluent le scénario en n'apportent rien au récit et dont on finit par se demander pourquoi la réalisatrice a jugé bon de les inclure. Cela ne gênera peut-être pas grand monde, mais moi, cela m'a perturbée pendant une bonne partie du film, car je ne comprenais pas ce que je voyais et le pourquoi de certaines scènes (or dans un scénario, ça n'est pas comme dans la vie, chaque chose qui se passe doit avoir son utilité).

Par exemple, la mère de Patrick Bruel (interprétée par Sylvie Vartan) est une personnage complètement inutile. Elle n'apparaît d'ailleurs que dans des scènes qui ne servent à rien pour faire avancer l'histoire, à part faire du remplissage (le scénario est très léger, il faut dire). Notamment, dans une scène, elle raconte à Judith que le père de Lambert, dont elle est divorcée depuis des années, est devenu une femme et que Lambert ne le sait pas. Or, cette information n'est jamais reprise par la suite, Lambert n'évoque pas son père, n'apprend pas la vérité donc on se demande pourquoi on nous donne cette information. Et je pourrais vous citer d'autres exemples du même genre.

D'ailleurs, en parlant de Lambert, ce personnage, lui aussi, est une énigme : ancien pilote de l'air, il s'est reconverti en thérapeute. Ok, mais pourquoi cette reconversion ? On peut être thérapeute pour couple et sex addict (pas besoin de tomber dans le cliché du pilote de ligne qui s'envoie en l'air avec toutes les hôtesses !). Ensuite, il décide d'être abstinent (et joint d'ailleurs un groupe de soutien, type Alcooliques Anonymes) : même question encore, pourquoi ? Il évoque ne plus vouloir coucher sans amour, d'accord, mais je ne comprends pas le rapport avec l'abstinence ? D'ailleurs, comme le soulignait un auteur français "si une histoire de cul peut devenir une histoire d'amour, l'inverse est très rare." Comme quoi... Ok, ça va servir pour le scénario, c'est ce qui va expliquer pourquoi Judith galère pour séduire Lambert, mais elle  n'apprend à aucun moment qu'il est abstinent et ça c'est fort dommage (parce que si elle l'avait su, cela aurait pu être un challenge plus intéressant, cela aurait permis d'expliquer les raisons de l'insistance de Judith dans ses tentatives de séduction...).

C'est donc sur ce personnage que je ne suis pas du tout les choix de Tonie Marshall. J'aurais bien aimé qu'elle s'inspire, par exemple, des Liaisons dangereuses de Laclos (sans le côté vénéneux, sinon, s'en était fini pour la comédie) et que Judith soit une gentille Valmont qui a pour dessein de séduire à tout prix (mais autrement qu'en se frottant sur un canapé par exemple - parce qu'à part faire des sourires, Judith n'est pas une pro de la séduction, il faut le reconnaître) un Lambert/Madame de Tourvel (on aurait pu en faire un veuf très épris de sa femme, qui veut lui rester fidèle ...).

Donc au final, c'est une comédie qui avait un vrai potentiel, mais qui se noie dans des situations incohérentes ou des scènes inutiles; et finalement, ce qui fait qu'on rit en regardant le film, ça n'est jamais dû à des scènes de séduction entre les deux héros, mais aux dialogues entre les couples qui sont venus consulter les thérapeutes (certaines de ces histoires en choqueront certains à mon avis - toutes véridiques cependant, selon la réalisatrice)...

En somme une comédie où l'on rit peu et sitôt vue, sitôt oubliée.
Auteur :Karine Le Breton
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