Critiques

Un Beau Dimanche : Fragilité masculine

"Un Beau Dimanche" (distribué par Diaphana Distribution) : un film de Nicole Garcia sur la fragilité masculine et la part sombre des êtres humains ? Pourquoi ne pas se laisser tenter, d'autant plus que l'on retrouve au générique de ce "Beau Dimanche" la charmante Louise Bourgoin, la pétillante Déborah François, et en lead-role masculin le fils du célèbre comédien français Jean Rochefort et de la réalisatrice elle-même, alias Pierre Rochefort.

Réalisatrice de 67 ans, Nicole Garcia, qui a débuté sa carrière en tant qu'actrice, peut se vanter d'une filmographie relativement cohérente au fil des âges, malgré l'hétérogénéité de genre des œuvres. Son nouveau long-métrage, "Un Beau Dimanche", ne déloge pas à la règle de la plongée dans sa propre histoire familiale (son fils en est l'interprète principal) et l'étude des rapports humains. En résulte un film étonnant, lorgnant plus volontiers du côté du drame intime, lumineux et sensible que d'un produit « grand public » formaté, comme l'annonçait la promotion. L'objectif – ambitieux – de Nicole Garcia mettre à nu la vulnérabilité d'une famille en filmant des milieux que tout oppose et suivant au plus près les personnages est partiellement atteint, en partie grâce à la sincérité et la limpidité du projet. Une sincérité qui, paradoxalement, est parfois le défaut de ce "beau dimanche".

Saluons tout d'abord une distribution remarquable, qui crédibilise d'emblée la démarche évoquée plus haut : Pierre Rochefort incarne avec brio un instituteur suppléant, fuyant toute attache et son passé familial obscur, dévoilé pudiquement dans une seconde moitié. Son interprétation d'homme torturé touche avec empathie le spectateur qui assiste, impuissant, au repli d'un homme meurtri par une famille absente. Louise Bourgoin, bouleversante elle-aussi, interprète avec justesse une jeune employée saisonnière, qui joint les deux bouts pour assurer son rôle de mère – célibataire – en proie à des questionnements sociaux. Pour aider cette jeune femme endettée dont il vient de s'éprendre, Baptise (Pierre Rochefort) décide de retourner dans sa famille bourgeoise.

Aristocratie et superficialité filmées par une Nicole Garcia qui sait manifestement de quoi elle parle en offrant le change d'une vie vagabonde ‘rêvée', à distance de ce cadre familial huppé faussement rassurant. La mise en scène, simple mais généreuse et remplie de beaux cadrages, donne évidemment du crédit à l'entreprise, mais on est déboussolés par cette étrange impression que le film cherche parfois son chemin, son identité, ses marques. En somme, un peu comme si la cinéaste réalisait là un premier film, truffé de maladresses et foisonnant d'éléments autobiographiques.

"Un Beau Dimanche" a essuyé un fâcheux revers de fortune en France, avec un échec cuisant au box-office lors de sa première semaine d'exploitation. Dommage, car si le film de Nicole Garcia n'est pas exempt de défauts (une authenticité débordante), il n'en demeure pas moins très juste, notamment lorsque la réalisatrice découvre la famille dysfonctionnelle et la fraction ténébreuse des individus.

Auteur :Pierre-André WillemsTous nos contenus sur "Un Beau Dimanche" Toutes les critiques de "Piwi"

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