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Un Coeur Simple : Richesse intérieure

A l'instar de Flaubert, Marion Laine montre dans "Un Coeur Simple" (distribué par Rezo Films) toute la richesse intérieure et morale des femmes devant les défis qu'elles endurent et contre lesquels elles résistent avec toute la férocité de l'âme, des tripes et du cœur ! Après trois courts-métrages, dont deux portraits de femme, Marion Laine reprend la cinquantaine de pages écrites par Gustave Flaubert, et publiées au sein du recueil Les Trois Contes, en 1876. Encore Un portrait de femme ! Qui mieux que Sandrine Bonnaire, héroïne phare de "A Nos amours" (Maurice Pialat), pour interpréter cette bonne qui n'a rien, et qui ne cherche rien d'autre qu'à exister ? On va justement en parler…

Quoi de mieux que le pays Cauchois comme cadre de cette intrigue. Gustave Flaubert, le haut-normand, parle parfois de Rouen dans sa nouvelle Un Cœur Simple, il cite surtout Yvetot. Le cœur même du pays Cauchois, un pays magnifique de ruralité, de par sa formidable synergie entre beauté du paysage et l'utilisation rare qu'en font les Cauchois. Flaubert, peut être tourmenté en cette année 1876, écrit là un conte sombre, d'une cinquantaine de pages, mettant en héroïne une femme qui jamais n'aurait demandé pareille représentation.

Marion Laine a composé autour de ce personnage de bonne, notamment en rajoutant cette histoire de correspondance épistolaire, mais elle n'a pu atténuer le graveleux de l'intrigue. "Un Coeur Simple" ressemble à un déluge de malheurs qu'une personne seule ne peut assumer. Cette bonne, campée par Sandrine Bonnaire prend tout dans la figure et dans les tripes. Sandrine Bonnaire est à ce titre admirable d'interprétation. On rajoutera aussi le facteur risque. Bonnaire a accepté d'apporter une plus-value au long-métrage de Marion Laine, bien qu'il s'agisse du tout premier long métrage de la réalisatrice. la comédienne a sans doute été convaincue par les deux courts métrages réalisés par Laine, et avait du jugé, avec raison, ces deux portraits de femmes comme authentiques. 

Marion Laine cherche l'authenticité dans "Un Coeur Simple" là où un homme n'aurait jamais pu la trouver. Un portrait de femme à 100%, qui ne fait pas des hommes l'antithèse de la femme ou la diablerie de leur beauté morale et intérieure, mais des éléments conjoncturels du malheur, des heurs et des joies que ces femmes rencontrent, voire des témoins impuissants. Deux femmes fortes dans ce film. Tellement fortes dans leur solitude et dans leur charisme, que seuls deux enfants les obligent à faire des concessions. Cette dualité ne prend jamais le spectateur aux tripes. Car Marina Foïs campe une maîtresse de maison à la voix si monocorde qu'elle n'apporte aucune nuance au jeu de Sandrine Bonnaire. Heureusement, Sandrine Bonnaire est un grande, une très grande actrice ! Elle porte le film sur ses épaules.

Malheureusement, le graveleux guette ! On sent donc parfois, à travers le cocktail Foïs/graveleux, un soupçon de téléfilm du soir. Marion Laine va parfois vite en besogne, et elle échoue dans la direction de l'actrice Marina Foïs, qui ne campe finalement qu'une femme embourgeoisée et rigide jusqu'à l'os. Marion Laine suit là, les propos de Gustave Flaubert, alors qu'elle réussit par ailleurs, à rajouter à cette œuvre originale son lot de féminité. Le propre d'un grand rôle est de savoir se muer et évoluer, car pendant ce temps là le spectateur s'éprend d'une empathie pour ce personnage et se prend au jeu de l'intrigue. La grande réussite du film nécessite la présence d'une grande actrice, Sandrine Bonnaire. Il s'agit en effet de coller au plus près du personnage de cette bonne.

Cette histoire de femme est bouleversante, et on admettra à la fois le brillant coup de poker de Marion Laine, et la richesse intellectuelle et analytique de Gustave Flaubert ! Cette réussite est ce portrait de femme, plus précisément ce double portrait de femmes. Ce film mise sur un duo : une bonne et sa maîtresse. L'intrigue réside essentiellement dans l'attente du spectateur de voir le moindre effort de l'une envers l'autre. Au milieu de leur froid glacial, se glissent des hommes, des enfants, une nature hostile, qui sont autant d'éléments perturbateurs. Au milieu de ce cadre, deux femmes se jalousent tout en se maintenant proches : une bourgeoise et une bonne. Des deux femmes, la mieux portraitisée reste la bonne, à l'écran. Sandrine Bonnaire jouant mieux que Marina Foïs.

Au final, Marion Laine colle assez bien aux propos de Flaubert, et livre un film riche de son portrait de femme du XIXè siècle. On voit combien Marion Laine a réussi son pari de tenter un long métrage. Car il faut le dire clairement : à l'instar de Flaubert, Marion Laine montre toute la richesse intérieure et morale des femmes, mise en exergue par les défis qu'elles endurent, et contre lesquels elles résistent avec toute la férocité de l'âme, des tripes et du cœur !

Auteur :Frédéric CoulonTous nos contenus sur "Un Coeur Simple" Toutes les critiques de "Frédéric Coulon"

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