7 décembre 2021
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Un Crime dans La Tête : Critique

Remake modernisé de la version de John Frankenheimer qui date de 1962, modernisé à la demande de Tina Sinatra, "Un Crime dans la Tête", sorti aux Etats-Unis au beau milieu de la course électorale à la Maison Blanche et qui sort sur nos écrans le lendemain des élections américaines, surfe sur une actualité politique brûlante.

Intérêts politiques, conspirations secrètes, lobbying, manipulations mentales, lavage de cerveaux, intoxication de l'opinion publique, formatage de candidat, etc. C'est dire si Jonathan Demme détenait entre les mains matière à retentissement. Malheureusement, malgré de bonnes intentions, Jonathan Demme n'empoigne pas son sujet qu'il traite avec mollesse. Manquant d'ambition, il signe un récit d'une linéarité navrante duquel émane un vrai-faux suspense irritant.

Alors qu'il pénètre dans les dessous - ô combien sales -  de la politique, il se disperse dans "Un Crime dans la Tête", s'attardant sur des histoires superflues, comme la relation passée entre Raymond Shaw et la fille de son concurrent direct, qui parasite le propos. Qui plus est, à force de vouloir tout dire, il tombe dans l'abstraction et s'emberlificote dans des explications politico-psychologiques qui nous laissent de marbre. Pas un instant, il ne parvient à nous manipuler et à aller là où on ne l'attend pas : comme quoi, saisir l'opportunité de renvoyer à un sujet d'une extrême actualité ne suffit pas à faire un film malin dont on parle ensuite dans les chaumières. Plus encore, trop occupé à aligner les effets visuels pour répondre à la demande de modernisation de la version originale, Jonathan Demme en oublie totalement de transcender son propos, alors même qu'il y avait à voir mais aussi à penser. Car il est tout de même question de luttes d'intérêts financiers sur le dos de la démocratie, de trafic d'influence, de pouvoir pris sur des cerveaux humains à leur insu !

Seule l'interprétation sauve "Un Crime dans la Tête" au propos édulcoré par une paresse dans la mise en scène, par un ton détaché et dénué de cynisme et de fièvre virulente, et par un trait trop appuyé visuellement. Denzel Washington, comme à l'accoutumée, est impeccable : dans le rôle du major Bennett Marco, sa vérité de jeu est une évidence. En laissant planer le doute sur son état mental, il rend parfaitement la complexité de ce héros renié par sa patrie et réussit une composition subtile. Face à lui, Liev Shreiber, avec son large sourire s'ouvrant sur une dentition d'une blancheur immaculée digne d'une pub pour dentifrice, fait froid dans le dos dans le rôle de Raymond Shaw, héros malgré lui à la réputation fabriquée de toutes pièces et homme sous la coupe d'une mère-poule assoiffée de pouvoir, qui a fait un hold-up sur la vie de son fils, dont elle dispose à son gré. Et dans le rôle de cette femme dominatrice qui prétend agir par amour douteux dans tous les sens du terme, on retrouve une Meryl Streep aussi épatante que désarmante : très à l'aise, elle fait montre d'un mélange d'inhumanité et d'amour qui vampirise le film.

"Un Crime dans la Tête", qui oscille entre manipulation psychique à tous les niveaux et conspiration politico-financière, est donc à voir pour la brochette d'acteurs dont le talent permet d'effacer quelque peu la fadeur dans le traitement du sujet. On est quand même en droit de se demander où est passé le Jonathan Demme inspiré qui, en 1993, nous avait bouleversé(e)s avec "Philadelphia".

Auteure :Nathalie DebavelaereTous nos contenus sur "Un Crime dans La Tête" Toutes les critiques de "Nathalie Debavelaere"

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