Critiques

Un divan à Tunis : Parler, et rien que parler

Par Léa Delaplace


Pour son premier long-métrage, Manele Labidi choisit son double à l'écran en la personne de Selma (Golshifteh Farahni), une psychanalyste parisienne qui revient au pays et tente d'y exercer son métier. Une introspection pleine d'autodérision sur la Tunisie d'aujourd'hui. Plus ou moins réussi. 

« Je veux être ici » résonne tout au long du film "Un divan à Tunis". Cheveux ébouriffés, tatouée, percée, au style androgyne, Selma ne rentre plus dans les codes qui semblent dominer la Tunisie, son pays natal. Elle a quitté celui-ci avec sa famille à ses dix ans et y revient vingt ans plus tard. Cette psychanalyste est déterminée à ouvrir son cabinet en plein cœur de la capitale. Là où on ne l’attend pas, là où on ne la veut pas. La francisée à « l’air de bledarde », héritage de son passé, se confronte alors aux mœurs tunisiennes. Et cela à contresens de son travail comme lui expliquera son voisin imam « nous, les arabes, on a du mal à parler ».

Dans "Un divan à Tunis", Manèle Labidi décide d’exposer la culture tunisienne avec dérision mais n’oublie pas de lui lancer quelques pics. La réalisatrice franco-tunisienne plante le cadre tunisien, celui qu’elle connaît. Un cadre, parfois mal vécu, confronté à d’émergentes critiques issues des jeunes générations. Au spectateur de mener sa réflexion sur l’état actuel d’une société : quelle limite à la liberté d’expression ? Quelle définition d’un état de droit ? Quelle signification au port du voile ? Quel rapport aux obligations culturelles ? Tant d’interrogations ouvertes sur ce pays à l’histoire partagée avec la France. "Un divan à Tunis" aborde ces sujets de fond avec légèreté. Des touches amusantes qui détournent parfois le propos et confortent des clichés tant sur les Français que sur les Tunisiens. Les scènes s’enchaînent, parfois sérieuses, parfois teintées d’humour… À en perdre parfois pied et y chercher du sens.

Détachée, Selma défend la parole intime et sa profession dans un pays où le tabou est ancré dans les rouages de la vie quotidienne. « Un voyage en soi pour trouver une porte de sortie », la psychanalyse permet aux patients de la jeune femme de s’émanciper, de briser les tabous et de bousculer leur société. Dans cet océan de patients intimement étonnants, Selma contraste par sa sobriété et sa rigueur. Le rôle, interprété par l’actrice Golshifteh Farahani, cache toutefois des blessures qui ne semblent pas bien refermées. Une chose est sûre, pour conserver son fameux divan, « la crâneuse post-coloniale » n’a pas dit son dernier mot …

Le spectateur n’a pas de crainte à avoir, "Un divan à Tunis" n’a pas pour objectif premier de réaliser un cheminement intérieur durant son heure et demie, mais bien de révéler la force du peuple tunisien pour s’écouter.

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