28 septembre 2021
Critiques

Un espion ordinaire : Une amitié hors du commun

Par Axelle Guéguen

Sorti le 23 juin dernier en salles, "Un espion ordinaire" retrace un épisode oublié de la Guerre froide. Interprété par Benedict Cumberbatch. Réalisé par Dominic Cooke, "Un espion ordinaire" a le mérite d’allier action et drame pour donner un film d’espionnage un peu naïf, mais touchant.

Oleg Penkovsky, un colonel soviétique joué par Merab Ninidze, entre en contact avec les services secrets occidentaux à la veille de la très marquante crise des missiles de Cuba qui se produira à l'été 1962. Entre alors en jeu Greville Wynne, ce commercial avec un penchant pour la boisson, devenu messager pour le MI6 et la CIA.

Un épisode oublié de la guerre froide

Replaçons d’abord le film dans son contexte historique. Au tout début des années 60, le « rideau de fer », entre les blocs Est et Ouest, cette frontière avant tout idéologique, s'est matérialisé. Le mur de Berlin, construit à l'été 1961, participant de cette définitive matérialisation. De surcroît, les relations entre États-Unis et URSS sont faussement cordiales. Nous sommes alors à l'époque de la « coexistence pacifique ». La tension est palpable (Kennedy l'avait appris à ses dépens lors d'une rencontre à Vienne avec Khrouchtchev en juin 1961) d’autant plus qu’elle est attisée par les leaders soviétiques et occidentaux dans leurs blocs respectifs. Sentant la situation s’envenimer de son côté, Oleg Penkovsky décide de trahir sa patrie pour empêcher une guerre nucléaire dévastatrice.

Héros ou pas héros ?

Oleg, colonel soviétique décoré, est sûrement le personnage le plus attachant du film. Époux, père et patriote, sa trahison est motivée par un besoin de protéger l’autre. Son courage infaillible et sa bienveillance apportent un peu de chaleur dans la grisaille omniprésente du film, typique du genre de l’espionnage et du portrait occidental de l’URSS. Ce « héros » n’est cependant pas le protagoniste du film.

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Benedict Cumberbatch et Rachel Brosnahan - Copyright SND

Le vrai « héros » n’en est en réalité pas un au début. Greville Wynne, tranquille dans sa routine de commercial beau-parleur, est aux antipodes d’Oleg. Aisé et paresseux, Greville se complaît dans sa maison de ville londonienne avec sa femme et son fils. Il est repéré par les services britanniques pour son aspect si banal. Benedict Cumberbatch est brillant dans ce rôle : car si Greville est d’abord guilleret et plaisantin, il est vite rattrapé par la réalité de sa nouvelle vie. On peut d’ailleurs noter que le titre original du film, "The Courier", ou "Le messager" en français, est beaucoup plus fidèle à la position de Greville que celui d’"Un espion ordinaire". Ordinaire, il ne le reste d’ailleurs pas longtemps.

Une amitié touchante

Le risque d’un scénario de film d’espion est de tomber soit dans l’action pour de l’action, soit dans une trame très linéaire. Dominic Cooke ne s’est pas démarqué de par la construction de son récit. Il joue néanmoins adroitement des notions de polarité et de binarité, qui résonnent parfaitement avec le contexte géopolitique. Il joue notamment avec des personnages diamétralement opposés, des thèmes musicaux joueurs et légers ou, au contraire, sombres et pesants. La simplicité du scénario permet au spectateur de se concentrer sur les dynamiques entre les personnages, qui forment le réel atout du film.

S’il y a bien une raison d’aller voir ce film, c’est l’amitié entre Oleg et Greville. "Un espion ordinaire" peut paraître un peu simpliste par moment, notamment sur les valeurs et les motivations occidentales durant la Guerre froide. Mais la relation que les deux protagonistes construisent au fil de la mission est loin d’être niaise. Elle est juste, et nous touche profondément. Les performances de Cumberbatch et de Ninidze sont aussi marquantes l’une que l’autre, quant bien même celle de ce dernier a tendance à être oubliée par les critiques...


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