Critiques

Un fils : La critique du film

Par Alexa Bouhelier Ruelle

Le bonheur, ne serait-il qu'une illusion ? L’avenir peut sembler si prometteur un instant, puis le futur peut s’écrouler en une fraction de seconde ; et alors le conte de fée de tourner alors au cauchemar. C’est un peu ça le message du premier long-métrage de Mehdi M. Barsaoui, "Un Fils", présenté en compétition dans la catégorie Orizzonti à la 76ème Mostra de Venise.

Avec une mise en scène maîtrisée, "Un Fils" capture un climat de chaos, celui du Printemps arabe ayant ébranlé la Tunisie et la Lybie, sa proche voisine, en 2011. Le cinéaste suit tout particulièrement la trajectoire d’une famille tunisienne privilégiée, coupée des réalités d’un monde encore instable, sept mois après la chute du dictateur Ben Ali et six semaines avant la mort du dirigeant libyen Kadhafi.

Ce film se veut donc le miroir d’une société dominée par un système archaïque. Cette bouleversante tragédie intime, construite en semi huis-clos, défile une ingénieuse métaphore entre la sanglante trajectoire des personnages et celle du pays en crise. En effet, "Un Fils" met en relief les problèmes de la Tunisie post-révolutionnaire en soulevant de puissantes thématiques telles que le patriarcat, la paternité, la masculinité, l’émancipation et l’adultère (tabou dans le monde arabe).

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Sami Bouajila - Copyrights Jour2fête
Une famille désunie

Les vérités enfouies refont très vite surface, ébranlant le destin de ce couple en apparence heureux qui assiste impuissant à l’agonie de leur fils. C’est à ce moment précis que la caméra sublime les visages épuisés, impuissant, d’un père qui souffre et une mère anéantie qui se battent pour secourir leur fils.

Aux côtés de sa partenaire Najla Ben Abdallah, Sami Bouajila, récompensé par le prix d’interprétation masculine à la Mostra, livre une performance touchante dans le rôle de Farès. Un être tiraillé entre l’humiliation, la colère de l’homme trahi par celle qu’il aime et la fierté du père. Il aime son fils plus que tout, mais l’absence de liens du sang le bouleverse et l’interroge. Une interrogation qui ressent de la même façon chez le spectateur. Qu’est ce qui fait d’un homme, un père ? Le lien du sang ? Ou le fait d’avoir élevé un enfant ?

Farès punit Meriem en ne lui adressant plus la parole et la privant de son soutien moral à un moment si crucial. Il la menace même de la dénoncer dans ce pays qui condamne encore l’adultère, paradoxe lui qui se targue d’une pseudo-modernité. Cette réaction de rejet absolu, un peu disproportionnée par rapport aux circonstances, mais qui se conçoit dans un pays où les femmes sont encore ramenées à leurs conditions de femmes, inférieures. La mise en scène, minimaliste, du réalisateur donne alors à voir les parents désunis, assis chacun de leur côté, seuls dans leur peine et leur inquiétude. Dehors, la beauté pure des paysages arides se fait l’écho des dilemmes et des émotions intenses venus submerger les époux.

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Sami Bouajila - Copyrights Jour2fête
Une beauté extérieure

Mehdi M. Barsaoui creuse un peu plus la complexité dramaturgique de cette histoire d’amour avec chaque plan. Le cinéaste filme une tension constante, due à l’attente de la greffe. Le jeune réalisateur est aussi ingénieux dans la manière dont il concentre son histoire sur la désintégration de la famille.

Il y a aussi un très gros travail sur le monde extérieur avec la photographie, que ce soit le désert, l’hôpital ou la ville, toutes les images sont travaillées finement Toutefois, où le film franchit un cap, c'est avec les plans d'ensemble fixes, par exemple le sublime couché de soleil avec Farès et le jeune Libyen, ou même sur une très belle maison au début du film.

"Un Fils" fonctionne à plusieurs niveaux : comme un drame sur la moralité, comme une histoire sur l’évolution de la place des femmes dans la société et comme une allégorie politique. C’est un film qui rappelle le travail du maestro iranien Asghar Farhadi, une oeuvre riche en retournements de situation qui met ses personnages dans des situations continuellement de plus en plus tragiques.


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