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Un Homme d’Exception : La théorie du complot

Que les irréductibles allergiques aux combinaisons chiffrées se rassurent, cette biopic (biographie filmée) consacrée à l'un des plus grands mathématiciens du XXème siècle (prix Nobel de Sciences Economiques en 1994) qu'est "Un homme d'exception", est rarement absconse, parfois pointue, mais souvent passionnante, même si le dernier tiers du film souffre de l'inévitable propension hollywoodienne à tout mélodramatiser.

Durant sa vie, John Nash aura eu bon nombre d'équations à résoudre. Et pas des moindres. D'abord celles auxquelles auront été confrontées ses fulgurantes inspirations et géniales intuitions dans sa discipline préférée. Mais aussi, et surtout, celles beaucoup plus délicates à solutionner que son imagination délirante aura dû affronter. Car cet homme brillant, timide et misanthrope («Une double ration de cerveau pour une demi-ration de coeur») qui évite de suivre l'enseignement dispensé à la prestigieuse université de Princeton car «les cours embrouillent l'esprit», souffre d'un mal sournois et tenace : la schizophrénie à tendance paranoïaque. Un génie d'abord brouillon puis lumineux (il invente une «théorie des jeux» applicable à l'économie), terrorisé par la simple idée de l'échec, qui aura eu le malheur d'intégrer une cellule top-secret pour le compte du département américain de la Défense.

Nous sommes au début des années cinquante "Un homme d'exception" dans alors que la guerre froide monte en puissance. Un contexte historique qui ne fait qu'alimenter les délires paranoïaques de John Nash dont on se gardera bien de révéler ici les stupéfiantes manifestations. En contact avec le mystérieux agent William Parcher (incarné avec brio et conviction par un excellent Ed Harris), il est chargé «d'isoler des récurrences dans des périodiques» ; en clair de traquer et décrypter des messages codés soviétiques dissimulés, selon les affirmations de Parcher, dans d'anodines revues (plan saisissant du bureau tapissé de coupures de journaux découvert par une épouse qui ignorait tout).

La folle mécanique de la suspicion permanente et du délire d'interprétation affole alors un John Nash qui peu à peu se coupe du monde et s'enferme dans le sien. Jusqu'au point nodal de l'histoire, le film de Ron Howard épouse parfaitement l'itinéraire peu banal du héros. A l'image de ce dernier à la recherche de la dynamique universelle, la mise en scène génère une dynamique efficace qui parvient à nous captiver.

Cependant, sans révéler les rebondissements ultérieurs du scénario, le rythme et l'intérêt d'"Un homme d'exception" décroissent lorsque le récit quitte la lisière du cauchemar pour gagner la clairière de la réalité. D'autant que le suspens haletant s'efface au profit du mélodrame et que l'interprétation de Russell Crowe, impressionnante jusque-là, cède ensuite à la tentation de la composition calibrée pour l'Oscar d'interprétation. Un bémol dommageable qui n'ôte pourtant rien aux qualités d'un film sur les traces d'un homme au destin hors du commun.

Auteur :Patrick Beaumont
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