18 novembre 2019
Critiques

Un Moment d’Egarement de Jean-François Richet : La critique

Un plaisir coupable pour vieux bonhommes. Autant le dire d'entrée de jeu : si comme moi vous avez un vagin entre les jambes et issue des années 90 voire 80, "Un moment d'égarement" n'est pas fait pour vous. Remake du film réalisé par Claude Berri, sorti il y a presque quarante ans, les échos houleux et autres polémiques se multiplient. A juste titre ?

N'ayant visionné l'œuvre d'origine, mon œil est donc neuf et insensible à toute comparaison possible. Pas de bol pour Jean-François Richet l'homme aux commandes du naufrage. Car oui, "Un moment d'égarement" est un Titanic des temps modernes dans la mesure où la noyade semble inévitable.

Le récit tout d'abord : il n'a ni queue ni tête. La faute à un coup de foudre un peu trop rapide, un peu trop téléphoné aussi. Les dialogues sont cheap à souhait. La répétition des termes « nous sommes amoureux » pour justifier l'idylle interdite sonne presque comme une anaphore. Peut-être la faute à la co-scénariste Lisa Azuelos persuadée de connaître les adolescent(e)s comme sa poche...

Et bien non ma petite Lisa, c'est loupé et il serait temps pour toi de commence à penser à changer de voie. Non, les filles ne dansent pas toutes sous l'ivresse en boîte de nuit sur « I follow rivers » de Likke Li !

Non, les filles ne convoitent pas l'objet de tous leurs fantasmes, un air de chiot égaré, cette fois-ci accompagnée de « Diamonds » de Rihanna dans leur ipod !

Et enfin NON, les filles ne se ruent pas dans leurs lits laissant leurs larmes couler à flot dès une violente dispute tout en faisant défiler des photos souvenirs, témoignages de moments de complicité via leurs smartphone ou autre objet ultra connecté !

"Un moment d'égarement", comme le dit si justement le personnage de Laurent (Vincent Cassel) dans le film, a réuni là les deux pires clichés d'adolescentes encore jamais vu au cinéma... A part dans "LOL" peut-être, justement écrit par une certaine… Lisa Azuelos.

Si les acteurs n'ont pas l'arrière-train bordé de nouilles côté réplique, force est de constater que le casting féminin s'en sort admirablement bien et relève le navire. Alice Isaaz est de loin celle qui sonne le plus juste, même lors des scènes de querelle. « Less is more ». L'actrice, déjà vu dans "La Crème de la Crème" a tout compris.

A côté d'elle, l'inexpérience de Lola Le Lann, objet de tous les désirs se fait clairement ressentir. Pourtant, on croit en son potentiel et a des arguments esthétiques d'une évidence certaine. La petite minaude à tout bout de champ, s'en est presque lassant. Et pourtant.

En dépit d'une direction qu'on jugera, comme le scénario, mauvaise, la petite lolita en herbe s'en sort bien, faisant preuve d'une maladresse tantôt grossière, tantôt vraiment touchante. J'en connais une qui en fera fantasmer plus d'un cet été.

La parité des sexes n'est pas de mise ici (un peu à l'image de l'affiche où seuls les noms de François Cluzet et Vincent Cassel apparaissent).

Vincent Cassel justement, parlons-en. Sa performance se résume en deux mots : PAS CREDIBLE. Bien que l'acteur soit doté d'un certain charisme et d'une animalité qui n'est plus à prouver (je garde un souvenir ému de son rôle de Thomas dans "Black Swan"), il est ici totalement à la traîne.

Vincent Cassel n'est pas l'archétype du « mec capable de faire trembler les midinettes », navrée. Une erreur de casting qui, en plus, s'ajoute au fait que l'acteur ne brille pas dans le genre de la comédie. Sa prononciation sèche, son dialecte déshonore ce grand acteur qui semble alors tout droit sorti d'un épisode de "Sous le soleil".

Il ne peut même pas compter sur son acolyte François Cluzet pourtant habitué du genre. Ce dernier en fait des caisses et des caisses, joue ce qu'il a déjà joué dans dans "Les Petits Mouchoirs" par exemple.

"Un moment d'égarement" souffre de tels défauts qu'il ne peut prétendre toucher tous les publics. Familles, adolescents, jeunes actifs et moins actifs…

Pas la peine de vous égarez dans une salle de ciné pour voir ce fantasme insatiable de vieux garçons qui relève plus du plaisir hédoniste d'un réalisateur en panne d'inspiration.

Auteure :Mélissa Chevreuil
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