20 janvier 2020
Critiques

Un Moment d’Egarement : La critique

Au rayon pléthorique des comédies françaises manufacturées qui inondent nos salles de souvenirs de souvenirs pas très heureux chaque année, "Un moment d'égarement" s'insère dans le sous-produit que l'on pourrait étiqueter « sujet de société ».

Catégorie qui  pourrait illustrer à seule seul le fossé béant séparant leur époque des autoproclamés élites culturelles dont le contact avec le monde extérieur se résume aux émissions de Sophie Davant, et par extension le ridicule achevé qui s'empare du cinéma français à chaque fois qu'il se jette sur un thème dans l'air du temps pour rattraper le retard dans la course à la branchitude qui le sépare de son inévitable homologue américain.

Thomas Langmann peut toujours invoquer le film original, réalisé par son père Claude Berri en 1977, pour justifier la raison d'être d'un remake qui prétendrait marcher respectueusement sur les traces de son modèle, rien n'y fait.

Parce que  cette histoire de deux potes (quasi)célibataires partant en vacances avec leurs filles respectives, l'un d'eux se laissant séduire par la progéniture de l'autre, légitimait sa portée transgressive à l'aune du contexte de l'époque dans lequel il s'inscrivait.

Du point de vue des mœurs évidemment, mais aussi artistique, quand le cinéma français savait parler de la société française sans donner l'impression d'avoir besoin d'un magazine de société sur les genoux pour construire son point de vue.

De fait, le principal reproche que l'on peut formuler à l'égard d'"Un moment d'égarement" version 2015 est sans doute de ne jamais réussir à honorer sa volonté manifeste de proposer quelque chose de plus ambitieux que le tout-venant de la médiocrité nationale.

Sans doute doit-on à la présence pour le moins inattendue du duo Jean François Richet/Vincent Cassel (à l'œuvre dans le dyptique Mesrine, produit par... Langmann), respectivement  la réalisateur et co-star du film, la volonté de tirer vers le haut un projet bancal en adoptant à part égale les points de vue des deux duos, comme pour cristalliser à travers son pitch polémique le choc de deux échantillons de générations antagonistes, largement planifié qui plus est par la présence de Liza Azuelos au scénario.

Une démarche louable, si les tics de la réalisatrice de l'insupportable "Lol" n'interférait pas largement avec la démarche de Richet, plombée par la propension insupportable de sa co-scénariste à passer de l'eau de Javel sur les problématiques abordées par les appels du pieds incessants lancées  à une génération isolée dans ses tics les plus caricaturaux (dialogues insupportables, tubes FM du moment balancés au forceps pour illustrer les états d'âmes de ses héroïnes, caractérisation à la truelle...).

Forcément, dans ce contexte la dichotomie ne saurait se muer en complémentarité, et force est de constater qu'Azuelos remporte  un bras de fer que personne ne semble vraiment avoir envie de disputer : Richet fait le minimum syndical derrière la caméra dans "Un moment d'égarement"  et n'essaie que mollement de tirer parti de ses situations les plus potentiellement grinçantes.

Vincent Cassel, lui, ressemble à un lion obligé de rester en cage, et François Cluzet fait de l'œil à Christian Clavier qui fait de l'œil à Louis de Funès dans le rôle du psycho-rigide au bord de l'implosion (en plus digeste que l'inénarrable Jacquouille, certes).

Difficile dans ce contexte de faire émerger un autre point de vue d'un film qui ne semble plus savoir quoi raconter une fois LA scène-clé dans la boîte, se reposant sur des ressorts de quiproquos et de vaudevilles cache-misère pour combler le vide. 

Tiré vers le bas par le jeunisme affligeant de sa scénariste et lesté par le renoncement général vis-à-vis de son postulat, "Un moment d'égarement" ne bouleverse au final que très peu les rayonnages du genre mortifère dans lequel il s'inscrit, et dont il s'apprête à garnir les étagères. Un de plus.

Auteur :Guillaume Meral
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