22 novembre 2019
Critiques

Un monde plus grand : L’Aventure intérieure

La critique du film Un monde plus grand

Par Auxence Magerand

A la mort de son mari, Corine (Cécile de France) est dévastée. Cette ingénieure du son bruxelloise décide de fuir sa propre détresse en partant enregistrer des ambiances en Mongolie, pour les besoins d'un documentaire. Là-bas, au contact des steppes et du peuple Tsaatan, elle découvre le pouvoir de la transe chamanique.

"Un monde plus grand" est un film surprenant. La cinéaste Fabienne Berthaud parvient à réaliser une fiction extrêmement sincère, avec des départs de documentaire. Le récit, inspiré par l'expérience rapportée dans Mon initiation chez les chamanes de Corine Sombrun, invite surtout à la découverte du quotidien des Tsaatan, ethnie d'éleveurs de rennes qui joue ici son propre rôle – à l'exception de la comédienne Tserendarizav Dashnyam qui interprète la chamane.

On aurait pu craindre un regard occidental candide, une mise en avant stéréotypée d'une tribu exotique qui « aurait tout compris à la vie ». Mais toute l'intrigue se construit autour de celle qui nous ressemble le plus, pour aller découvrir l'Autre, les autres. Et jamais leur univers nous est directement accessible : les intermédiaires que sont Corine et la traductrice qui l'accompagne (Narantsetseg Dash), nous rappellent sans cesse la subjectivité en jeu. Ce regard décalé est particulièrement visible lorsque deux touristes blancs viennent assister à ce qu'ils pensent être une cérémonie spirituelle, et qui n'est finalement qu'une récitation incantatoire de recettes de cuisine.

"Un monde plus grand" est également l'occasion d'ouvrir une fenêtre sur la culture chamanique. Quelles sont les capacités de l'esprit humain à accéder à un état de conscience modifié ? Le film expose avec un didactisme passionnant la transmission d'un savoir encore opaque. Si Un monde plus grand n'apporte pas de réponse stricte, c'est qu'il a pour mérite de ne pas uniquement prendre le parti des prêcheurs : ainsi, Ludivine Sagnier y interprète une sœur investie qui exprime souvent son scepticisme.

Finalement, exaltées par le son du tambourin, les séquences de transe proposent une mise en scène dépouillée mais saisissante pour retranscrire ce qui se passe au plus profond et ne se matérialise extérieurement que par des spasmes. La perspective du montage rappellerait presque – osons la comparaison – l'avant-garde française des années 20.

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