24 septembre 2021
Critiques

Un Triomphe : Glorieux !

Par Jérémy Joly

Depuis quelques années, Kad Merad habitue son public à des comédies plutôt navrantes. C'est à un point tel que son nom suffit à faire craindre le pire à chaque nouveau film. Cependant, il existe des années qui sont des exceptions et 2021 en fait partie. Kad Merad est à l'affiche d'un long-métrage surprenant intitulé "Un triomphe", réalisé par Emmanuel Courcol. Ce dernier, principalement connu en tant que scénariste, met en scène son deuxième film après "Cessez-le-feu", en 2016, avec Romain Duris.

"Un triomphe" s'inspire de l'histoire vécue par le comédien Jan Jonson. Dans les années 1980, en Suède, il était chargé d'aider à la réinsertion de détenus dans une prison de haute sécurité grâce à un atelier de théâtre. Cette expérience peu ordinaire l'a inspiré pour la création d'un spectacle qui fût un grand succès. Toutefois le film se permet une grande liberté en adaptant ce vécu puisqu'il se déroule en France et à notre époque.

"Un triomphe" nous plonge, dès les premières scènes, dans le milieu carcéral. C'est là qu'entre Étienne, joué par Kad Merad, un comédien en manque de travail reconverti en professeur. Ce début peut paraître classique, le récit d'un homme qui se retrouve, un peu malgré lui, dans un monde qui lui est alors totalement inconnu, sortant de son confort. L'histoire semble alors prévisible : le personnage principal va avoir de nombreuses difficultés à surmonter mais au final, tout va pour le mieux. Et pourtant, la suite surprend !

Un "feel good movie" social

Étienne a l'ambition d'apprendre à jouer, de façon professionnelle, à cinq détenus. Pendant plusieurs mois, à raison de quelques heures par semaine, il va les faire répéter la pièce « En attendant Godot » de Samuel Beckett. L'objectif est de monter sur la scène d'un théâtre devant un public pour une unique représentation. Bien sûr, tout ne se passe pas sans désagréments. Les détenus ont des personnalités très différentes, mais forment un groupe extraordinaire. Étienne va devoir se battre pour réussir cette mission en suivant le règlement et en s'adaptant à ces acteurs hors du commun. Une grande partie du film "Un triomphe" se déroule durant ces répétitions passionnantes au cours desquelle Étienne explique le texte de Beckett.

Kad Merad dans "Un Triomphe" - Copyright Carole Bethuel

Derrière cette histoire, en apparence légère, se cache un film social abouti. Le milieu carcéral est bien décrit avec ses décors froids et son silence pesant. L'atmosphère est bien retranscrite, d'ailleurs, le film prend le parti d'être réaliste car il a été tourné dans plusieurs centres pénitentiaires. Ce ne sont pas des décors de cinéma qui sonnent faux, tout est vrai.

"Un triomphe" montre les contraintes que peuvent rencontrer les détenus, avec par exemple la fouille obligatoire en retournant en prison. Pour eux, cet atelier de théâtre est comme une bulle qui vient mettre un peu de légèreté dans ce quotidien plombant. "Un triomphe" est avant tout un feel good movie, en l'espèce l'expression n'est pas galvaudée, dans lequel un vent de liberté souffle. Une scène sublime le prouve, durant laquelle les détenus crient leur texte à travers les fenêtres en pleine nuit. Ce cri de liberté est émouvant.

Une distribution réussie

Kad Merad nous offre une remarquable interprétation dans ce rôle de comédien qui veut retrouver la lumière de la gloire. Il est agréable de le voir dans un personnage à la hauteur de ce qu'il est capable d'offrir, après tous ces films peu recommandables sortis ces dernières années dans les salles obscures.

Le reste de la distribution se compose d'acteurs dont les visages sont peut-être familiers mais dont les noms ne sont malheureusement pas connus. Ils sont pourtant remplis de talent. Il y a tout d'abord David Ayala, formidable dans le rôle de Patrick, le benêt attachant de la troupe. Nous retrouvons ensuite Sofian Khammes, un personnage troublant dont les intentions sont difficiles à cerner. Il y a également Pierre Lottin qui est touchant dans ce rôle de détenu n'arrivant pas à apprendre son long monologue. Citons aussi Lamine Cissokho, Wabinlé Nabié et Alexandre Medvedev.

"Un triomphe" est un long-métrage qui étonne par son retournement final et son sujet original, peu traité au cinéma. Contrairement à ce qui a été dit ces deux dernières années, la culture est essentielle et peut, par exemple, participer à la réinsertion sociale.

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