Critiques

Un Voyage : Critique n° 1

Pour son quatrième long métrage, Samuel Benchetrit choisit de « faire un virage ». Il quitte donc le monde de la comédie pour celui du drame.

"Un Voyage" commence par la fin, une fin inévitable, on nous ôte tout espoir d'un dénouement heureux dès les premières minutes, façon De palma dans "L'impasse". Mona, magistralement interprétée par Anna Mouglalis, sourire aux lèvres, explique posément à Daniel, Yann Goven tout aussi bon, que « c'est aujourd'hui » qu'elle meurt. Les dialogues sont d'une lourdeur inqualifiable, irréaliste ! C'est aussi pompeux qu'un mauvais Godart. Et si ce décalage des personnages nous offre quelques scènes agréables –mention spéciale à la randonnée en montagne – cela crée malheureusement une distance avec le spectateur et freine la compassion qu'on pourrait avoir pour ce couple.

Coté caméra, de l'aveu du réalisateur lui-même, « ça bouge un peu trop ». Et effectivement pour bouger ça bouge. Dès lors, en salle, les deux premiers rangs sont prohibés et le port de la bassine est obligatoire pour les estomacs sensibles : une caméra portée, sans pied fixe, ça donne un genre, mais suivre à pied les interminables allées et venues des protagonistes à longueur de scène, ça donne juste la nausée. Si le problème s'estompe au fur et à mesure, ces cahots incessants associés aux échanges ineptes des personnages conduisent inévitablement à un concert de soupirs des spectateurs pendant les trente premières minutes.

Au final, "Un Voyage" semble n'être qu'un exutoire de la mélancolie latente du réalisateur. On retient juste une performance honnête d'acteurs sous-employés, au talent pourtant marquant, à l'image de cette ultime scène, insoutenable mais magistralement interprétée.

Samuel Benchetrit nous confia au cours de l'avant-première à Lille, le 16 avril dernier, que « ça m'a fait mal de faire ce film », et nous ça nous a fait mal de le regarder.
Auteur :Florian Carpentier
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