29 juillet 2021
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Une Affaire privée : La disparue

Six mois se sont écoulés depuis la disparition de Rachel Siprien. À la demande de la mère de cette dernière, François, enquêteur privé, reprend l'affaire. La personnalité à multiples facettes de la jeune femme dessine un réseau complexe entre sa meilleure amie, Clarisse, son ex-petit ami, son beau-père, ses voisins et ceux qui l'ont connue de près ou de loin. François va ainsi naviguer de l'un à l'autre, pénétrer plus avant dans sa vie diurne et nocturne, espionner, poser des questions, et combler les blancs laissés volontairement par ses interlocuteurs.

Livré tel quel, l'amorce du récit imaginé par Guillaume Nicloux ressemble à une énième résurgence cinématographique du polar à la française qui, aujourd'hui, prospère sur les écrans de télévision. Ce sentiment légitime ne doit pas occulter une réalité autrement stimulante : Une affaire privée est un excellent film de genre, captivant, intelligent et subtil, qui emmène le spectateur dans le quotidien, parfois peu reluisant, d'un privé sur les traces d'une jeune disparue.

Le grand mérite du metteur en scène est d'avoir su créer un univers sombre et désenchanté, traversé par un humour à froid du meilleur effet. Dès la première séquence, intense et nerveuse, tournée en numérique caméra à l'épaule, Guillaume Nicloux s'attache aux pas de François Manéri embarqué dans une filature au cœur de la capitale (Thierry Lhermitte à contre emploi, extrêmement convaincant dans son plus beau rôle dramatique). Soutenue par une musique free-jazz signée Eric Demarsan (le compositeur de L'armée des ombres dont on aperçoit quelques images au détour d'une scène), la séquence est d'une étonnante modernité malgré son schéma convenu.

Et tout le film, ou presque, est à l'image de ce prologue : sur un canevas classique, le réalisateur distille une atmosphère insolite, insuffle un ton original et crée un univers singulier où le spectateur, intrigué puis captivé, se passionne pour l'enquête tortueuse de ce privé solitaire et désabusé («Vous posez des questions mais on a l'impression que vous vous foutez des réponses» s'entend-il dire au cours d'un interrogatoire).

Un personnage complexe dont la personnalité contradictoire se dessine au fur et à mesure que l'enquête progresse. Si bien que celle-ci, pour François Manéri, est autant une recherche sur lui-même, une manière détournée de faire le bilan de son existence, qu'une tentative de retrouver une jeune femme volatilisée. L'une des belles idées du film s'inscrit d'ailleurs dans cette quête illusoire du privé qui tente, à travers les gens qu'elle a croisés ou les lieux qu'elle a fréquentés, de rassembler des fragments épars et surtout de s'imprégner de la présence d'une absente. Un séduisant paradoxe esquissé par la mise en scène attentive de Guillaume Nicloux dont le style est suspendu à l'intrigue (voir l'ingénieux raccord où la présence de Thierry Lhermitte à un arrêt de bus permet de basculer du passé au présent).

Au final, "Une Affaire Privée" est un film enthousiasmant qui doit beaucoup à la personnalité de son auteur dont les qualités de metteur en scène s'imposent jusque dans une convaincante direction d'acteurs. Outre Thierry Lhermitte, l'ensemble de la distribution est au diapason et le moindre petit rôle (savoureuse apparition de Jean-Pierre Darroussin) trouve une authenticité grâce à l'interprétation d'une magnifique pléiade de comédiens. 

Auteur :Patrick Beaumont
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