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Une affaire qui roule : Déconcertant !

"Une affaire qui roule" traite de la faculté de prendre sa vie en main, de la difficulté de choisir sa propre vie plutôt que de la subir, de devenir patron, son propre patron. Mais l'originalité de ce film réside dans le fait d'imbriquer ce sujet à un autre phénomène : la consommation abusive du cocktail «alcool + somnifère». Ainsi, en voulant devenir acteur de sa vie, Jean-Jacques ,qui avale le mélange «alcool + somnifère» comme il boirait du jus d'orange, la subit également en étant sous l'emprise des médicaments : il joue avec sa vie, en perd le contrôle alors même qu'il est persuadé de la contrôler. Et dans ce rôle, Clovis Cornillac est tout bonnement ahurissant : complètement à côté de la plaque lorsqu'il s'agit de la réalité des choses, faisant preuve d'une énergie décuplée dans ses séances d'auto-coaching face à son miroir, «fracassé» après l'absorption de son breuvage «fabuleux»…force est de constater qu'il donne à son personnage une impression de force prête à se fissurer dans les moments de doute…

Néanmoins, Jean-Jacques est la preuve vivante que la fin justifie les moyens : il fait boire le cocktail de son cru à ses beaux-parents, gens de la haute-bourgeoisie engoncés dans leurs principes, pour obtenir un chèque : un moment mémorable du film où la boisson s'avère révélatrice des caractères! Mais en laissant traîner ce pichet de «jus d'orange», il «convertit» involontairement tout le monde à cette boisson dont les répercussions ne se font pas attendre: de sa petite amie (incarnée par Axelle Laffont au charme plus voluptueux que jamais !) à Claude, son formateur amorphe quand il s'agit de prendre LA décision de sa vie. Et il faut dire que Denis Podalydès est juste dans son interprétation de Claude, l'opposé du bouillant Jean-Jacques. Il faut le voir chercher les idées de son roman pour réaliser son rêve d'écrivain : il incarne l'avachissement de l'écrivain en panne d'inspiration qui simule la création à son entourage en s'isolant mais qui, en réalité, joue à la console comme un fou furieux et suit passionnément les feuilletons débiles à la télé ! On en redemande !

"Une affaire qui roule" établit peu à peu une complicité tacite entre Jean-Jacques, volcan en éruption, et Claude, volcan endormi. Ces deux-là vont devenir compagnons de fortune et de galère… Certains gags sont un peu faciles et certaines situations un peu poussives comme s'il fallait meubler les passages à vide du scénario, mais l'humour est efficace et on ne peut que laisser les rires fuser face au burlesque des personnages travestis sous l'influence du fameux «jus d'orange» de Jean-Jacques.

Comment qualifier ce premier film d'Eric Veniard ? A la fois sérieux de part son sujet et déjanté de part ses dialogues dignes des soirées les plus arrosées et la levée de toutes les inhibitions grâce au cocktail que vous connaissez désormais, consommé par les personnages, consciemment ou à leur insu. "Une affaire qui roule" a de quoi déstabiliser, car il n'est pas facile de savoir si Eric Veniard se sert de l'humour pour prendre du recul et désamorcer l'aspect grave de la descente aux enfers due à la dépendance aux médicaments, ou s'il prend du recul face à l'humour avec des mises en situation sérieuses. Et comme s'il ne souhaitait pas évacuer cette ambiguïté, il termine son film par un retour aux valeurs humaines, sauvant ses personnages de la déchéance dans laquelle ils sombraient.

On ressort donc de ce premier film d'Eric Veniard un peu déconcertés, ni enthousiastes ni déçus, avec cette étrange impression de ne pas savoir comment réagir.

Auteure :Nathalie Debavelaere
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