22 janvier 2020
Critiques

Une belle fin : Critique n° 2

Son premier film avait laissé la critique sur sa faim. Jugé, « nonchalant » et « bienveillant », "Sri Lanka National Handball Team" (2008) s'était essoufflé avant la fin, perdu entre "Rasta Rockett" et "The Full Monty". Pour son deuxième essai, Uberto Pasolini réajuste son regard décalé pour une jolie mise en scène de la solitude.

Pour ce faire, il choisit Eddie Marsan, familier des seconds rôles, personnage filaire notamment chez Guy Ritchie et son "Sherlock Holmes". On s'était habitué à apercevoir son air lunaire au visage épaté, sans jamais vraiment s'y attarder : sorte de gentil bonhomme utilisé en tapisserie, toile de fond de séries ou de films d'action. Dans "Une belle fin", son profil est de tous les plans. Son air boudeur et nostalgique visible à chaque cadrage. Uberto Pasolini offre à ce Mister Nobody, un premier rôle. Choix pour le moins dangereux qui déroute le spectateur pendant plusieurs minutes.

John May, fonctionnaire de la banlieue londonienne incarne la banalité, depuis son nom jusque ses petits riens du quotidien. On s'habitue à le voir vivre à l'écran, son physique atypique se fondant dans la lenteur de son personnage, ses habitudes, ses tics et tocs en tout genre. Le film est gris… de la couleur des casiers de son minuscule bureau. Responsable de retrouver les proches de personnes décédés, John May réalise méticuleusement sont travail. Tout comme il gère sa vie. Millimétrée. Son quotidien porte les stries profondes de la solitude. Laquelle Uberto Pasolini tient à disséminer dans les moindres replis de son film. Elle se cache dans les détails, chez tous les personnages. Des sous-vêtements ou chaussettes étendus sur les radiateurs dans un recoin des pièces, une pile de livres pour remplacer le pied cassé d'un fauteuil... On attend le déclic, l'élément perturbateur face à ce calme plat. Le licenciement. John May perd l'élément central de sa vie.

Les lecteurs de Philippe Delerm ouvrent des yeux d'enfant devant la deuxième partie du film. John May semble se réveiller d'un long sommeil et découvrir timidement la vie. La première gorgée d'un chocolat chaud ou un croissant prend des airs de raz-de-marée. Le personnage est touchant. On assiste à une petite naissance aussitôt suivie d'une fin. Un peu brutale pour le spectateur, avouons-le. John May effleure ce qui ressemble le plus au bonheur pour un temps lapidaire. La suite comporte peu d'intérêt, on vous conseillerez presque d'arrêter le film ici. Gardez ces souvenirs, ces ressentis et surtout cette image d'un récit joliment poétique, doux et léger comme une plume.
Auteur :Justine Wallaert
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