13 décembre 2019
Critiques

Une fille facile : La critique du film

Critique du film Une fille facile

par Elisa Drieux-Vadunthun



Un sujet qui se veut hors du commun, mais qui nous ramène vite à la réalité… Pas si facile que ça… Les deux actrices (Mina Fadrid, incarnant le rôle de Naïma et Zahia Dehar jouant le rôle de Sofia) s’invitent sur nos écrans et cela n’est pas un franc succès.

"Une fille facile", nous parle d’un thème qui a déjà été abordé en long, en large et en travers.  On le mixe et le remixe. C’est comme la soupe, mais à force de la réchauffer, elle tourne un peu…

Rebecca Zlotowski nous plonge dans l’été d’une adolescente, Naïma, âgée de 16 ans, ayant à ses côtés sa cousine, Sofia, plus âgée, ne laissant pas indifférente les hommes déambulant sur les plages, où elle s’installe avec Naïma, lézardant sous un soleil plombant.

Les deux cousines, bien que possédant un lien bien forgé entre elles, ne partagent pas tous leurs petits secrets. Naïma est, de son côté, en admiration devant sa cousine plus mûre, usant des pouvoirs de son charme, telle une sirène attirant les marins à l’aide de sa douce voix et son physique parfait.

Ici, Sofia n’est pas une sirène mais presque. Ayant réussie à charmer Andrès (Nuno Lopes), elle se retrouve invitée sur son yacht, digne de celui d’une grande célébrité (l’argent ce n’est pas ce qui manque). Celui-ci la draguant ouvertement un peu plus tard dans le film, il lui dit qu’elle a une jolie voix de sirène. Nous n’en sommes pas loin finalement.

Pas si idiote, Sofia sait pertinemment que les belles paroles d’Andrès ne sont faites que pour l’attirer davantage, comme le ferait un prédateur avec sa proie. Alors que l’on pourrait espérer que cette jeune fille ait l’intelligence de ne pas se laisser aller dans la facilité, la voilà qui sombre dans la tentation du luxe…mais rassurons-nous la démarche nous sera expliquée, car la sirène n’est pas la proie que l’on pense….

"Une fille facile" a bien choisi son titre et nous dépeint de A à Z l’archétype de la jeune femme qui peut être séduite sans grande difficulté et qui accepte d’avoir des rapports. En revanche, la seule surprise que nous pourrons avoir avec ce film, est qu’il est tourné du point de vue de la jeune cousine, Naïma. Curieuse de la sexualité, Naïma reste, de son côté, prude mais avenante, observant en toute discrétion, Sofia, développer son personnage de fille facile.

Rebecca Zlotowski veut nous remettre au goût du jour le thème de la « fille facile ». Celle qui séduit et couche facilement avec des hommes, mais qui, en fin de compte, manipule son partenaire, car ce ne serait pas elle qui serait soumise, mais lui qui serait soumis au charme de la jeune femme, tombant sous son emprise.

Le film est trop cousu de fil blanc. D’un côté la cousine peu confirmée dans le domaine des hommes, et de l’autre côté, tout l’opposée, la séduisante Sofia goûtant pleinement aux plaisirs charnels. La réalisatrice voulait réaliser un film d’été, « de jouissance » dit-elle dans une de ses interviews (rapportée dans le magazine La Septième Obsession, numéro 23, Les Sept péchés capitaux). « J’avais la sensation qu’il fallait que je fasse un film d’été, là, tout de suite. » dit-elle.

Une envie qui n’aurait peut-être pas dû aboutir ; outre le fait que le thème tel que présenté dans ce film est désormais épuisé, il est particulièrement dérangeant d’avoir le sentiment que nous faisons un bond en arrière dans les rapports à la femme, l’image que l’on peut avoir d’elle, d’autant plus dans le contexte actuel, bien installé, de la libération de la parole de la femme face à ce qu’elle subit parfois dans certains milieux professionnels ou dans la vie quotidienne. Une provocation de la réalisatrice ? N’y avait-il pas d’autre façon de donner son opinion qu’en s’engouffrant dans les clichés ?

"Une fille facile" se veut plus qu’une démonstration de la jolie fille se mettant en valeur grâce à sa jeune cousine qui n’y connait pas grand-chose côté garçon, ou encore les aboutissements d’un été brûlant. La réalisatrice voulait que son film dégorge d’une plus grande complexité comme : « un magma d’émotions », « un scénario extrêmement pensé », « le rapport des classes », un côté littéraire libéré à travers une voix off, etc.

Point trop n’en faut dit-on souvent et Rebecca Zlotowski a malheureusement voulu mettre énormément de choses dans son film pour le rendre plus complexe au point de nous y perdre…

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