16 octobre 2021
Critiques

Une fois que tu sais : Comment se préparer face aux bouleversements ?

Par Flavie Kazmierczak

Pour son premier documentaire en tant que réalisateur, "Une fois que tu sais", Emmanuel Cappellin dresse le portrait alarmant d’une planète prête à s’effondrer. Parti à la rencontre de climatologues , il raconte son combat intérieur pour vivre au quotidien dans un monde en pleine crise environnementale.

« Une fois que tu sais, qu’est-ce que tu fais? ». L’interrogation résonne inlassablement dans la tête d’Emmanuel Cappellin. Très tôt, le documentariste prend conscience de la crise planétaire et de ses enjeux. Une situation qui a développé chez lui un état « d’éco-anxiété », une forme de détresse causée par les changements perçus comme irréversibles de notre environnement. D’abord monteur, puis chef-opérateur de Yann Arthus-Bertrand, il a appris la réalisation sur le tas, avec le film. Ses recherches, commencées en 2012, ont duré huit ans. Un travail de longue haleine pour le réalisateur qui nous embarque sur le chemin entre sa prise de conscience et sa mobilisation.

Un signal d’alarme

C’est lorsqu’il découvre le rapport Meadows de 1972 qu’Emmanuel Cappellin comprend l’ampleur des dégâts. En quête de réponses, il quitte son village de Seillans pour rencontrer des experts et scientifiques qui ont dédié leur vie à la recherche sur le climat. Pablo Servigne, Susanne Moser, Richard Heinberg abordent leur rapport à la catastrophe écologique. A chaque rencontre apparait une nouvelle émotion chez le réalisateur. La tristesse laisse place à la colère, puis au deuil. Très pessimiste, "Une fois que tu sais" laisse peu de place à l’espoir et les images, teintées de la nostalgie du narrateur, sont plombantes. « Collapsologie », effondrement, épuisement des ressources, sont autant de termes lourds qui résonnent tout au long du film.

Que ce soit personnellement ou dans la réalisation, le documentaire a représenté un véritable défi pour Emmanuel Cappelslin: « ce film a été difficile, d’abord parce que le sujet est anti cinématographique, et ensuite car il agit sur des échelles spatiales qui nous dépassent. La question était de savoir comment faire pour que le public rentre en contact avec le sujet. » Sans prétention artistique, le réalisateur ne cherche plus à alerter mais à donner des pistes de réflexion.

Un appel à l’action

Le thème du documentaire n’est pas nouveau, mais son angle l’est un peu plus. Il touche à l’intime, à la manière dont nous pouvons vivre et surtout réapprendre à vivre collectivement. De sa campagne aux ports envahis de cargos, en passant par les coulisses de la COP21, Emmanuel Cappellin raconte peu à peu sa politisation, puis son passage à l’action.

"Une fois que tu sais" revêt une dimension militante assumée. Proche de Rebel Extinction, le réalisateur documente ses actions « coup de poing ». Si le film s’essouffle par moments, la deuxième moitié offre une dose plus optimiste. Les habitants des campagnes inondées au Bangladesh, suivis à la fin du documentaire, sont un bel exemple de lutte collective. Soutenus par Saleemul Huq, un chercheur spécialiste des questions climatiques, ils ont su s’adapter à leur environnement et cherche maintenant à faire entendre leur voix auprès des grandes institutions.

En pleine crise écologique, "Une fois que tu sais" appelle à une mobilisation, non plus individuelle, mais collective. Reste à savoir si le film arrivera à trouver son public.

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