Critiques

Une intime conviction : J’accuse

Critique du film "Une Intime Conviction"

par Guillaume Meral


Au rayon des films que l’on n’attendait pas sinon pour les dégommer à portée de viseur, "Une intime conviction" se posait là. Pourtant, le premier film d’Antoine Raimbault ne donne en lui-même aucune raison particulière de lui tendre une embuscade le couteau entre les dents.

Mais il faut avouer que la case « inspiré d’une histoire vraie » option feuilleton judiciaire tend à solliciter les réflexes de savoir-survivre que le spectateur avisé a appris à développer dans le marécage hexagonal des (télé)films surproduits destinés aux prime-times.

D’autant plus avec la crainte de se retrouver avec une contribution à la fiche publicitaire d’Eric-Dupond Moretti, ancien avocat du prévenu et juriste préféré des plateaux télé…

Or, oubliez tout ce que vous venez de lire, puisque "Une intime Conviction" se fait un point d’honneur à incarner l’exact opposé de tout ça. Mieux, il en fait même sa raison d’être en prenant le point de vue de Nora, voisine de la fille de Viguier qui se lance dans une quête obsessionnelle pour prouver l’innocence du père de l’adolescente. Jusqu’à solliciter elle-même Dupond-Moretti pour qu’il reprenne l’affaire.

L’une des excellentes idées d’un film qui n’en manque pas est justement de construire son récit non pas sur la complémentarité, mais le conflit qui va progressivement s’installer entre les deux personnages. Parce qu’il rejette l’image de justicier qu’elle avait projeté sur lui, Dupond-Moretti devient cette figure d’opposition sur laquelle se heurte l’héroïne à mesure qu’elle se noie dans le dossier.

De film-dossier sur l’affaire Viguier, Une intime conviction bascule ainsi dans l’expérience subjective du personnage de Foïs, érigeant ainsi l’avocat en garde-fou impuissant de son obsession.

C’est justement là que là que le film fait mouche. Antoine Raimbault aurait pu se contenter d’oraliser sa note d’intention (ce qu’il ne se prive pas de faire à travers la puissante et très « sorkinienne » plaidoirie finale d’Olivier Gourmet), et de mettre le public du côté de ses principes sans mettre ses repères à l’épreuve. Or, en convoquant ainsi le processus d’empathie inhérent à son médium pour questionner notre propension à suspendre nos jugements à nos affects.

Raimbault n’hésite pas à travailler contre son public, notamment celui qui viendra pour la fiction TF1 anticipée plus haut. Ceux-là qui se projetteront sans filets dans le portrait de cette courageuse mère célibataire (la capacité d’empathie de Marina Foïs fait immédiatement mouche) prête à sacrifier tous les principes du droit à sa recherche de vérité.

Au final, "Une intime conviction" est moins un film sur l’affaire Jacques Viguier que sur les spectateurs de l’affaire Jacques Viguier. Le jeune cinéaste nous installe dans les clous d’une fiction reconnaissable pour mieux nous confronter à la perversité des ressorts d’identifications mobilisés à son fonctionnement.

Plus facile de réagir que de penser nous susurre t-il, en pointant le doigt sans se cacher sur notre responsabilité de spectateur devant la reformulation du réel en un spectacle permanent. « Le tribunal de l’opinion publique », tel pourrait-être le sous-titre d’un film que l’on voit parfois venir d’un peu trop loin pour supporter le point de vue tout le long.

Mais étriller la réaction à l’émotion de ses contemporains à travers un médium (le cinéma) fondé sur l’identification émotionnelle du spectateur sans se prendre les pieds dans son paradoxe constitue la preuve d’une maturité sacrément précoce. On tarde déjà de la revoir à l’œuvre.

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