16 septembre 2021
Critiques

Une Nouvelle Amie : Surprenant

François Ozon et moi c'est une vieille histoire... mais pas d'amour. Que ce soit dans "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes", "8 Femmes", "5x2", "Swimming Pool", "Angel", etc, il y a eu toujours eu un truc que me dérangeait dans ses films, le détail (malsain ?) de trop qui entrainait un rejet général. Et puis, avec "Potiche", est venue l'heure de changement : Ozon a certainement voulu s'ouvrir à un public plus large et a commencé à proposer des œuvres qui, tout en continuant à être originales, avaient plus de chance de plaire. J'ai donc depuis revu ma position sur ce cinéaste d'autant que j'ai adoré son dernier film, "Jeune et Jolie". Après la prostitution adolescente (dont les journaux se sont faits beaucoup l'écho ses derniers temps), il s'est intéressé cette fois-ci au travestissement dans "Une Nouvelle Amie" (distribué par Mars Films).

Claire (Anaïs Demoustier) a du mal à faire face au décès de son amie d'enfance Laura, dont elle était extrêmement proche. Elle décide, sur les conseils de son mari Gilles (Raphael Personnaz), de soutenir le mari de Laura, David (Romain Duris), qui est désormais seul pour élever sa fille ; elle le surprend alors habillé en femme, dans les vêtements de Laura. Claire d'abord étonnée, est vite fascinée par le goût du travestissement de David, contente de trouver une nouvelle amie dans celle qu'elle appelle désormais Virginia.

Avec "Une Nouvelle Amie", le réalisateur de "Sous le sable" marche sur les traces d'Hitchcock : le parallèle avec "Sueur Froides" est d'ailleurs inévitable. Une scène du début du film où Claire est persuadée de reconnaître son amie morte dans une des passagères du train où elle se trouve (elle n'arrive pas à faire le deuil de son amie) nous y fait inévitablement songer, bien avant d'ailleurs de découvrir la transformation de David en Virginia. En effet, Laura remplace une femme qu'elle a aimée (sa meilleure amie, pour laquelle elle avait semble-t-il des sentiments ambigus : on le soupçonne dans les scènes de flashbacks sur leur rencontre, alors qu'elle semble quelque peu jalouse des petits amis de Laura ; puis plus tard, elle fait un rêve où Laura vient la rejoindre dans son lit et l'embrasse avec envie) par un presque sosie (le mari de la meilleure amie) pour lequel elle finit par ressentir une attraction qui la dépasse (car c'est Virginie qui l'attire et non David).

Le film tourne donc autour du concept de l'affirmation de soi : l'affirmation de son attirance pour les femmes pour Claire, l'affirmation de sa féminité, de son envie d'être femme pour David ; et c'est avec émotion qu'Ozon nous fait suivre l'évolution de ses deux héros... Il peut compter d'ailleurs sur ses deux acteurs principaux pour y arriver ; Anaïs Demoustier est étonnante dans le rôle de Claire (son côté naturellement froid est adapté au personnage), mais surtout Romain Duris, qui se glisse avec naturel dans la peau d'une femme, réussit à nous émouvoir comme jamais (il est fantastique dans la scène du cabaret où il dégage une telle émotion qu'on ne peut être pris que d'empathie pour lui).

"Une Nouvelle Amie" est donc encore une fois une vraie réussite (même si tout n'est pas parfait ; notamment mélanger des paysages canadiens à des lieux connus parisiens – La Défense, Les 4 Temps – peut déconcerter certains en raison de la perte de repère géographique) et on ne peut que l'engager à continuer dans cette voie. On peut, cependant, regretter le dénouement final, un peu trop heureux à mon goût sachant que le scénario étant inspiré d'une nouvelle Ruth Rendell, on pouvait espérer une fin assez tragique (ce qui aurait été finalement plus intéressant et plus hitchcockien).

Auteure :Karine Lebreton
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