31 octobre 2020
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Une nouvelle chance : Triste spectacle

Grande figure du cinéma mondial, le légendaire Clint Eastwood est en plein déliquescence. La critique, qui un jour le porta aux nues, lui tombe dessus mécaniquement. Ses trois derniers films ("Invictus", "J.Edgar" et le très mauvais "Au-delà") ont divisé et le consensus tombe : Clint, c'est plus que c'est, on a perdu en route Eastwood.

Il y a peu pourtant, il triomphait en brillant metteur en scène, que ce soit pour "Million Dollar Baby", "L'Échange", ou pour remonter un peu plus loin le poignant "Sur la route du Madison". Ces dix dernières années, Clint Eastwood a joué le jeu de Woody Allen en mode : quel est le vieux croûton qui tiendra aussi bien le rythme d'un film par an ?

Aujourd'hui, on serait tenté de dire qu'il est annoncé perdant. Si bien que le grand Clint a décidé de repasser devant la caméra, parce qu'après tout, à l'instar des De Niro et Al Pacino, les vieilles gloires font de la merde. Alors pourquoi pas lui ? C'est l'occasion rêvée pour son petit protégé de toujours, Robert Lorenz de prendre les clés de la maison, épaulé par le chef-opérateur Tom Stern.

Lorenz, qui a tout appris d'Eastwood, d'abord en tant qu'assistant-réalisateur puis producteur à succès, signe un premier long métrage d'une pauvreté affligeante dans une histoire des plus banales. Il laisse un Clint Eastwood jouer en roue libre et refaire son superbe portrait du vieil acariâtre veuf façon "Gran Torino".

Sans aller jusqu'à la caricature de lui-même, Clint Eastwood verse dans le déjà-vu alors que son charisme plane avec force sur ce long métrage. Passé après le brillant "Stratège" réalisé par Bennett Miller, porté par Brad Pitt qui fait du Brad Pitt sur un scénario du sacro-saint et intouchable duo Zaillian/Sorkin, "Une Nouvelle Chance" ramasse les miettes.

Paradoxalement, c'est le personnage féminin, relativement absent du "Stratège", qui captive un peu plus, si bien qu'Amy Adams électrise de sa fraîche beauté cette chronique familiale affable.

Au menu, trois personnages poussés à bout, parmi lesquels se trouve Johnny (Justin Timberlake, le roi de la réincarnation sans relief), un joueur raté qui tente de se reconvertir dans le recrutement et la détection de jeunes talents.

Voilà que ce célibataire endurci (le cinéma, c'est assez irréaliste en fait) s'amourache de la belle Mickey (compréhensible), pendant que celle-ci règle ses comptes avec les fantômes de son passé de sorte qu'on en apprenne un peu plus sur ses secrets au contact de son père relou qui grogne et grille son steak en vous assurant que c'est foutrement délicieux.

A la vérité, "Une Nouvelle Chance" est un film extrêmement prévisible, dégoulinant de bons sentiments. Sa lecture sentimentale transpire l'eau de rose avariée pendant que Clint survole et campe un personnage qui s'évertue à lâcher des litres de naphtaline.

Lorenz ne propose guère plus d'idées de mise en scène pendant que le scénario se distingue par sa superbe connaissance du monde du base-ball, ce qui plaira aux aficionados alors que le film surfe encore sur des sujets de fond déjà entamés par "Le Stratège" (modernité du recrutement, enjeux commerciaux, technique de repérage…).

Les avertis passeront leurs chemins, et personne ne peut leur en vouloir, vu le triste spectacle sur-lissé que propose "Une Nouvelle Chance".

Auteur :Christopher Ramoné

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