13 novembre 2019
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Une Vie à t’attendre : Critique n° 3

Le cœur d'un homme… 

Ce premier film d'un ancien journaliste de Studio se veut un retour à un cinéma intimiste à la Claude Sautet. Le problème est que Thierry Klifa et son co-scénariste Christopher Thompson ont fait œuvre de profanateurs de tombes. Ils ont repris des scènes, des situations, des figures, des dialogues et des prénoms du cinéma de Sautet.

Ils pompent allègrement sur César et Rosalie (Bruel retrouve Baye lors d'un mariage comme Romy Schneider retrouvait Samy Frey lors d'une même cérémonie…Durant tout le film, il va hésiter entre deux femmes comme Schneider hésitait entre deux hommes), Garçon (Bruel tient un restaurant comme Montand travaillait dans une grande brasserie parisienne…il vit avec son frère comme Montand partageait son appartement avec son ami Villeret). On pourrait continuer ainsi avec le personnage de Géraldine Pailhas, enceinte, et qui malgré la fuite de Bruel veut garder son enfant (cela nous renvoie à Une histoire simple…). Le récit se concentre sur les problèmes petits-bourgeois d'un parvenu qui hésite entre deux femmes et qui finalement ne choisira ni l'une ni l'autre. Les seuls rebondissements de l'intrigue consistent à faire passer Bruel dans les bras de l'une et de l'autre.

Que Klifa fasse de la citation à outrance n'est pas le principal problème. Il se révèle être un très mauvais réalisateur et directeur d'acteurs. Son film est d'une platitude exemplaire. Il est incapable d'insuffler le moindre rythme à des scènes qui s'enchaînent mécaniquement. Pour faire exister ses personnages, il a recours à une vieille ficelle de débutant: faire penser le personnage à voix haute, pour que le spectateur comprenne bien ce qu'il est et ce qu'il pense. Dans ce carnage cinématographique, les comédiens font ce qu'ils peuvent et force est de constater que Bruel ne peut pas beaucoup. Mauvais de bout en bout, tentant désespérément de rendre son personnage intéressant, on ne le sent pas très à l'aise et totalement en roue libre faute d'un vrai réalisateur en face de lui (pour juger de la médiocrité de son jeu, voir la scène dans la voiture où il tente de pleurer… un must !). On éprouve surtout de la peine pour les comédiennes, véritables mères courages vu les rôles qu'elles ont à défendre et les situations ridicules qu'elles ont à jouer (ah, Nathalie Baye qui chante Pour une amourette !). 

Que retenir de tout cela ?

Que l'équipe de Studio a été marquée par le cinéma de Sautet (l'an dernier, Esposito nous a fait son Vincent, François, Paul et les autres…) mais qu'on espère surtout que les autres journalistes vont le rester et ne pas nous infliger leur caprice cinématographique. On peut surtout se demander comment des producteurs peuvent produire un film pareil à une époque il est devenu de plus en plus difficile de faire des films en France. Décidément, nous vivons une grande époque d'injustice et le cinéma français qui, depuis le début de l'année, n'est guère brillant et continue sa lente descente dans l'enfer de la médiocrité et de l'incompétence.

Auteur :Christophe Roussel
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