Archives Critiques

Une Vie à t’attendre : Mon bel amour, ma déchirure

Premier film d'un ancien journaliste de cinéma, "Une vie à t'attendre" (distribué par Mars Films) exhale de cet amour inaltérable du 7ème Art où les images sont inséparables des sentiments et où la vie à l'écran brûle plus intensément que dans le quotidien. Nourri de cet amour du cinéma, Thierry Klifa signe une œuvre ambitieuse et modeste, solaire et lunaire, portée par des comédiens dont le plaisir de jouer enchante le spectateur.

L'histoire suit les pas d'Alex (Patrick Bruel) propriétaire d'un restaurant à Paris avec son frère, Julien (Michaël Cohen), et Camille (Anouk Grinberg), sa meilleure amie. Alors qu'il s'apprête à faire sa vie avec Claire (Géraldine Pailhas), il retrouve par hasard Jeanne (Nathalie Baye), son premier amour, de retour à Paris pour voir sa mère (Danielle Darrieux), après douze ans d'absence. La vie de tout le monde bascule au moment où Alex doit faire face à ses choix...

La première qualité de "Une vie à t'attendre" réside d'abord dans l'extrême attention du réalisateur d'ancrer son récit dans une réalité faite de petits détails qui peuvent paraître anodins, voire superficiels, mais qui prennent corps à l'image et composent une vue d'ensemble cohérente dans laquelle se meuvent avec fluidité ses personnages. Ainsi, des dialogues de prime abord légers donnent du relief aux scènes d'extrême tension et contribuent à donner au film une palette d'atmosphères contrastées.

Film choral qui doit beaucoup au cinéma de Claude Sautet, Une vie à t'attendre passe d'un repas de mariage joyeux à une scène en voiture où un couple se déchire sous une pluie battante, d'une conversation animée dans une brasserie à une rencontre feutrée dans un café, et ces petites choses de la vie, certes déjà vues souvent à l'écran, ne versent que rarement dans le cliché (excepté l'escapade amoureuse d'Alex et Jeanne en Toscane, malgré la jolie scène où Nathalie Baye chante «Pour une amourette» de Leny Escudéro).

Par la grâce de comédiens formidables finement dirigés, ces séquences familières évitent ainsi les pièges des conventions et le romanesque s'incarne avec émotion, justesse et simplicité. La passion enivrante, les élans du cœur, l'amour fraternel mais aussi l'insupportable séparation, les blessures de l'âme, les cicatrices familiales s'entremêlent dans une belle humanité où les courages et les faiblesses de chacun sont peints sans fard mais avec bienveillance.

Le film brosse donc le portrait en creux d'une génération de trentenaires parvenus à l'âge des remises en question lorsqu'une vie au bel ordonnancement, parfois trop lisse, peut basculer et prendre un chemin sans retour par la seule force des sentiments. Attentif aux palpitations de ses acteurs, Thierry Klifa a épousé les lignes et les tangentes empruntées par le couple Nathalie Baye/Patrick Bruel, convaincant mais aussi inattendu parfois, sans oublier de tisser autour de lui les liens paradoxaux qui les relient aux autres personnages. Toute la distribution est au diapason même s'il faut distinguer une révélation en la personne de Michaël Cohen, frère dans l'ombre de l'aîné mais à la trajectoire déchirante.

Auteur :Patrick BeaumontTous nos contenus sur "Une Vie à t'attendre " Toutes les critiques de "Patrick Beaumont"

ça peut vous interesser

Lui avec Guillaume Canet : Le bluray

Rédaction

Haute couture : un duo attachant

Rédaction

Villa Caprice : Arestrup magistral

Rédaction