2 décembre 2020
Critiques

Une Vie Secrète : Entre les murs de la peur

Par François Bour


Un huis-clos de 2h30 sur un homme qui se cache au sien une maison de village dans l’Espagne Franquiste. Voilà un pitch qui pourrait faire fuir plus d’un spectateur. Résumer "Une vie secrète" à ce simple postulat serait pourtant une erreur. C’est la peur qui est à huis-clos. Une peur cachée derrière des murs.

Lorsqu’en 1936 les troupes franquistes arrivent, un partisan républicain nommé Higinio décide de se cacher chez lui pour rester avec sa femme Rosa. "Une vie secrète" a beau s’inscrire dans un contexte historique, celui ne sera présent qu’en filigrane pour indiquer le temps qui passe. Car le vrai thème du film n’est pas historique. De l’aveu même d’un des trois réalisateurs, le thème principal de leur film, c’est la peur. « Higinio se cache parce qu’il a peur. La peur est universelle et sans fin et c’est précisément ce qui nous intéressait. Est-ce que la résistance passive est une forme de combat ? », confia Jon Garaño.

Si les trois cinéastes ont découpé leur film par plusieurs étapes, le long métrage propose surtout, dans son déroulement, deux aspects de la peur qui habite le personnage principal. Celle vient d’abord de l’extérieur, car Higinio est un homme recherché. Puis les années passant, cette peur devient intérieure. Celle de voir Rosa quitter la maison. Ce n’est plus alors le destin d’un homme mais celui d’un couple puis d’une famille qui est alors dépeint. Une évolution qui permet au scénario de rendre son format, le huis-clos, moins visible.

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Antonio de la Torre - Copyright Epicentre Films

La vision du film "Une vie secrète", c’est avant tout celle d’Higinio. Si le déroulement de l’histoire parcourt plusieurs personnages, la réalisation est bien focalisée sur le résistant. Le regard de la caméra est bien souvent celui d’Higinio et la focale le suit partout où il va. Il faut, d’ailleurs, salué l’interprétation de Antonio de la Torre, l’acteur principal, qui incarne à lui seul le thème du film. Pour autant, son personnage n’est peut-être pas l’élément majeur de ce film.

Dans ce huis-clos, ce sont peut-être les murs derrière lesquels se cachent cet homme qui illustrent le mieux sa peur. Des murs entre lesquels il y a de la vie, de la survie et une vie qui passe. Une vie d’enfermement. C’est justement cela qui fait de "Une vie secrète", un long métrage qui cache son sujet. Ce n’est pas un film sur un homme qui vit caché chez lui pendant plus de 30 ans. "Une vie secrète", c’est l’histoire d’un homme qui enferme sa vie et celle de sa femme entre les murs de la peur.


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