20 novembre 2019
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Va, vis et deviens : Une fabuleuse page d’histoire !

Alors que la famine fait rage au Soudan où sont réfugiés des milliers d'éthiopiens, Israël reconnaît parmi ce peuple des juifs « oubliés » par l'histoire : les Falachas. Avec l'appui de pays occidentaux se monte alors, en ce début des années 80, l'opération « Moïse » visant à rapatrier en Israël ces seuls juifs encore présents en Afrique. Parmi eux : Schlomo, neuf ans, que sa mère catholique va faire passer pour juif afin qu'il puisse sortir du camp de réfugiés et avoir une chance de survivre.

Vingt ans. C'est la durée durant laquelle nos yeux sont pris pour témoins afin d'assister à la vie de Schlomo qui, d'enfant issu du tiers monde, aura une chance de découvrir un pays d'accueil, Israël, mais dont les racines et les souvenirs resteront à jamais envers sa mère restée au Soudan.

Il sera énormément question de racines dans le film, de la quête d'identité propre plus que de la quête d'identité religieuse, de méfiance teintée d'incompréhension, d'adaptation difficile au travers d'un réapprentissage, en d'autres mots : d'une renaissance.  

De multiples thèmes soutenus par un seul personnage vu au travers de ses trois âges ; enfant, adolescent puis adulte (« va », « vis », « deviens »), mais qui jamais ne s'évinceront mutuellement. Et c'est bien là l'immense profondeur du film de Radu Mihaileanu : traiter l'ensemble de l'histoire d'un Falasha sans réduire certains aspects et faire ressortir un sentiment unique, par delà la simple évocation et le récit linéaire.

Un tout, plus grand que les parties qui le constituent, voilà comment peut se résumer « Va, vis et deviens ». Très tactile dans son intégralité (Schlomo a la nostalgie de marcher pied nus) et modéré dans son approche religieuse, le film n'en oublie pas les aspects politiques de l'opération Moïse ni les ressentis individuels de chaque événement.

Schlomo petit, pessimiste aux poings serrés, trouvera père et mère de substitution au-delà de sa famille adoptive parmi un entourage plus proche a la fois de ses racines et du peuple israélien. Yael Abecassis en mère modèle et Roschdy Zem en père désabusé viennent compléter un casting déjà fort des trois interprètes de Schlomo (dont un, Sirak M.Sabahat, a réellement vécu le parcours de son personnage).

Amour, désillusions, combat contre l'injustice et une part d'humanitaire, rien ne manque au tableau qui en plus de nous faire découvrir un peuple au travers de sa « Tour de Babel » (c'est ainsi que Radu Mihaileanu définit son personnage principal) nous offre une vision de la terre promise que nous ne sommes pas prêts d'oublier.

Une page d'Histoire fabuleuse, qui se prolonge par delà du générique de fin, car de nos jours plus de deux cents Falashas font le même voyage chaque mois…

Auteur :Julien Leconte
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