Critiques

Varsovie 83 : Rouleur compresseur communiste

Par Stanislas Claude


Le film de Jan P. Matuszyinski s’inspire d’une histoire vraie. Elle remonte à l’époque pas si lointaine où la Pologne faisait partie de l’orbite communiste de l’URSS. Machinations politiques, mensonges d’états, secrets cachés sous le tapis, torture psychologique.

Le film décortique patiemment les affres d’un régime qui ne recule devant rien pour maintenir son emprise sur les esprits. Malgré quelques longueurs parfois un peu pesantes, "Varsovie 83" se donne le temps d’analyser un système kafkaïen et liberticide.

Un fait divers sordide

Le film se base sur une effroyable bavure policière. Le jeune lycéen Grzegorz Przemyk décède des suites d’une odieuse ratonnade policière. Le spectateur comprend vite que ce déchainement de violence n’est pas le fait du hasard. En s’en prenant au jeune homme, le régime vise surtout sa mère, Barbara Sadowska, poétesse et opposante au sinistre régime du général Jaruzelski, tristement connu pour ses immenses lunettes noires. Proche du célèbre syndicat Solidarnosc, elle est surveillée et épiée par la police.

"Varsovie 83" ne cache aucun détail de cet épisode, point de départ d’un film retors sur la chape de plomb organisée avec la poigne d’un régime dictatorial. La militante, soutien inconditionnel des familles des dissidents incarcérés, fut elle-même agressée le 3 mai 1983. Le tout se soldant avec un doigt cassé et des menaces explicités contre son fils.

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Copyright : Memento Films Distribution
Un déroulé chirurgical

1983, époque si loin si proche. Le régime lutte pendant tout le film contre l’opprobre des pays occidentaux, scandalisés par cet évènement. Pour s’en sortir, le régime doit faire disparaitre le principal témoin, Jurek, à coups de chantages et de menaces. "Varsovie 83" décrit par le menu le mécanisme de l’oppression dirigée directement depuis la tête de l’état. Tous les moyens sont bons pour d’abord mettre la main sur le seul témoin oculaire, et surtout lui faire changer sa version accablante des faits.

Sans forcément insister sur le contexte, le film évoque tout de même la fin de l’état d’urgence qui avait été prononcé en 1980 à la suite de la grève générale sur les chantiers navals de Gdansk. La création du premier syndicat indépendant du bloc soviétique est aujourd'hui considérée comme le deuxième clou du cercueil du bloc soviétique. Le premier étant la nomination d’un obscur cardinal polonais comme pape sous le nom de Jean-Paul II.

Une adaptation convaincante

"Varsovie 83" est une adaptation du livre Leave no traces, the case of Grzegorz Przemyk, écrit par Cezary Lazarewicz. L’époque communiste avait déjà fait l’objet de films comme "L’homme du peuple" ou "Cold War", avec toujours cette ambiance pesante de surveillance généralisée par l’appareil d’état. Ici, la musique participe à cette atmosphère avec le concours du musicien Ibrahim Maalouf. Les acteurs sont tous excellents, avec ces moustaches et ces coupes de cheveux bien représentatives de cette époque.

Le film se transforme vite en labyrinthe tortueux d’où les protagonistes comprennent qu’il est impossible de s’échapper. "Varsovie 83" est ainsi une auscultation au millimètre d’un régime liberticide où tous les moyens sont bons pour garder la face, même au prix des pires turpitudes.


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