6 décembre 2021
Critiques

Venom 2 : Quand le titre parle de lui-même

Par Yaël Djender

Avec "Venom Let There Be Carnage", Andy Serkis ne sera pas parvenu à guider dans l’obscurité une saga en manque de repères. Le bilan n’en ressort dès lors que plus douloureux. Le second volet des aventures de Venom n’est guère plus qu’un cuisant échec. 

Avec une expérience originelle en demi-teinte, à la fois concluante sur le principe mais globalement décevante sur l’exécution, c’est en spectateur ni chaud, ni froid que nous assistions en 2018 à l’avènement des premières péripéties en solo d’Eddie Brock sur grand écran. Ce dernier que nous avions déjà croisé dans un tout autre registre. Sous de tous autres traits (ceux de Topher Grace, n.d.l.r.) au détour du "Spider-Man 3" de Sam Raimi. Ce n’est donc pas franchement convaincus, mais pas totalement abattus pour autant, que nous abordions cette suite. Annoncée presque immédiatement par Sony, cette nouvelle progéniture corrigerait bien les erreurs de son aînée, après tout... 

La nomination d’Andy Serkis au poste de réalisateur n’était-elle pas, à elle seule, une formidable raison de croire que ce canard boiteux deviendrait un jour un magnifique phénix ? L’homme au mille visages numériques, technicien de génie et acteur talentueux, pourrait bien arranger l’affaire, non ? Force est de constater, à l’aune de ce "Venom Let There Be Carnage", qu’entre attentes et réalité, le fossé continue de se creuser d’année en année. Ce dernier n’est d’ailleurs pas près d’être rebouché si les succès commerciaux de la même trempe tendent à se multiplier. 

Qui peut le moins, peut encore moins bien

Alors que son prédécesseur, à défaut d’être un chef d’œuvre, avait au moins l’honnêteté d’être un divertissement sympathique, ce nouveau produit de grande distribution n’a d’autre fonction que de suivre à la lettre ce que lui ordonne son propre titre : créer un carnage. Le massacre débute dès les dix premières minutes. Très banales et purement introductives, celles-ci confient d’ores et déjà un cadre bancal à l’histoire. Elles offrent une love story précipitée à son principal antagoniste. Ce choix, totalement incohérent sur le fond comme sur la forme, donne déjà augure de ce que sera la suite du film. Un condensé des principaux défauts : laideur, explétivité et néant. 

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Tom Hardy - Copyright 2021 CTMG, Inc. All rights reserved - Sony Pictures.

Ainsi, on comprend très rapidement que la narration ne tiendra pas la route. Toutefois, on n’en reste pas moins bluffé par la stupidité du scénario. Tout s’enchaîne à mille à l’heure ! Sans prendre la moindre minute pour entrer dans les détails. Cela tourne même au désastre lorsqu’il s’agit de donner une pseudo-densité à l’ensemble. Aussi, la réalisation a semblé préférer s’épancher sur les sorties en boîte de nuit de Venom et la vie amoureuse ratée d’Eddie, que sur les vrais enjeux de l’intrigue. Des enjeux qui, au demeurant, apparaissent inexistants. On devient alors le témoin involontaire d’1 heure 30 (ce qui est, soit dit en passant, très court) de grotesques disputes d’ex-couple, d’amis fâchés puis réconciliés. Ce à quoi s'ajoutent tout un tas d’autres absurdités superflues qui jonchent le long-métrage. 

Un venin presque létal

Puis, vient l’heure d’analyser la construction du film, sa stratégie, sa visée. Et, là encore, le jour de gloire pourra se faire attendre. Les plans sont extrêmement moyens. À vrai dire, aucun d’entre eux ne marque véritablement les esprits. Toute l’imagerie qui fait ce « film » est oubliée à la sortie de la salle. Comme si le cerveau lui-même décidait de chasser ce qu’il reste de ce revers à plusieurs millions de dollars. La musique n’emballe, quant à elle, pas le moins du monde (à part peut-être dans son générique de fin). Le montage, lui, n’est pas représentatif des noms qui lui sont associés. Les mots sont durs, mais précisément ancrés dans la réalité de ce "Venom Let There Be Carnage". Un film qui coche toutes les cases d’un flop détestable. Un film qui ne laisse même pas à son public la moindre once de sympathie à laquelle se rattacher.

Mais la déception majeure du jour, compte tenu des nombreuses et prévisibles faiblesses mentionnées en amont, ne réside pas tant dans l’ensemble des défauts en question que dans la qualité très douteuse des effets spéciaux. À nouveau, c’est au réalisateur Andy Serkis que l’on pense d’emblée. Au prodige en charge des images de synthèse du "Seigneur des Anneaux", de "La Planète des Singes" ou de quelques "Avengers". Aujourd’hui, il nous déçoit lourdement. Entre bouillies infâmes et animations mal maîtrisées, on ne reconnaît plus la « patte Serkis » ! Cela effraie. Tout ne peut pas toujours être parfait dans ce domaine particulièrement onéreux, mais tout doit s’en approcher lorsqu’il est question d’un nom si prestigieux. Ce n’est clairement pas le cas ici. 

"Venom Let There Be Carnage" est en ce sens un énorme gâchis. Gâchis de temps, d’énergie et d’argent. Ni les performances catastrophiques de ses acteurs, ni le talent de la personne derrière la caméra, ni même les qualifications de ses équipes de post-production n’ont pu faire quoi que ce soit pour sauver ce four révélateur de son époque. Le gratifier alors de l’appellation « divertissement » serait une insulte pour tous les films qui ont reçu ce titre sous notre plume. Nous nous contenterons alors de crier au navet ! Et de vous inviter à éviter, autant que faire se peut, les nouvelles folies du symbiote marvélien. Puissiez-vous entendre nos recommandations.

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