21 juillet 2019
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Vert Paradis : Critique n° 1

De la part d'un fidèle collaborateur d'Arnaud Desplechin co-scénariste de Comment je me suis disputé… et d'Esther Kahn, on aurait pu craindre des signes intello-parisiens sévères, d'autant que le personnage principal est justement un parisien venu accomplir une thèse sociologique dans sa campagne natale.

Au passage, on pouvait lier ce domaine à celui dans lequel le père du réalisateur fai(sai)t autorité. Car le réalisateur de "Vert paradis", Emmanuel Bourdieu, n'est autre que le fils du célèbre Pierre Bourdieu, grand sociologue et philosophe.

Eh bien oubliez tout cela. Certes, le personnage central est un thésard, plongé dans la sociologie et les grandes études, mais il aurait tout aussi bien pu être journaliste ou enquêteur, comme l'avoue Emmanuel Bourdieu, qui s'est résigné pour le bien de l'histoire à assumer ce parti pris et à aller au-delà des ressemblances.

De plus, Bourdieu, pour son premier long métrage, déplace les troubles amoureux, les peines existentielles et les amours contrariées à la campagne, vous savez, là où les cœurs battent aussi. Plus précisément Bourdieu pose sa caméra dans le Béarn, où se pose comme souvent chez les paysans (cf. "Profils paysans" de Raymond Depardon) le problème du célibat et de la solitude – vous me direz, en ville aussi, mais les contextes sont différents.

Et pourtant, au-delà des premières sensations, Vert paradis dérive vers un vrai suspense sentimental, basé sur un quiproquo entre Lucas (Denis Podalydès, grand complice de Bourdieu), Isabelle (Natacha Régnier) et Simon (Clovis Cornillac).

C'est dans cette valse des non-dits, des malentendus (des « nonentendus »), des phrases suggestives et des mystères en suspens que Vert paradis nous intrigue. Et nous émeut lorsque l'enfance, la jeunesse et les premiers émois ressurgissent au détour de lieux et de regards complices. Voilà, nous y sommes : la nostalgie de ce « vert paradis des amours enfantines » est sans doute en chacun de nous.

Hélas, certaines scènes nous plongent également dans l'ennui, et le jeu parfois maladroit des acteurs défend qu'on s'y attache réellement. Force est de constater qu'un élément assez essentiel discrédite l'ensemble : le défaut d'accent ou les défauts dans l'accent privent "Vert paradis" d'une grande crédibilité.

Il suffit de voir la première scène de Cornillac (pourtant bon acteur) déguisé en paysan à l'aide d'un béret et d'un mégot pour s'en persuader : fraîchement rasé après une journée de labeur (comme durant tout le film), celui déclame son texte avec un « acceng du Sude » pollué par de plates tonalités.

Saluons néanmoins le premier film d'Emmanuel Bourdieu, dont les talents de metteur en scène sont largement vantés par Natacha Régnier. Nous verrons la suite…

Auteur :Alessandro Di Giuseppe
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