Critiques

Victoria : Cela fonctionne plus que chimiquement !

S'il y a un genre où le cinéma français n'excelle pas, mais alors vraiment pas, c'est dans la comédie. A tel point d'ailleurs que parfois une vraie gêne s'installe en vous à la vue de certaines d'entre elles (pour ne citer que lui, "Les Tuche" a peut-être séduit des millions de français, vous il vous a tout simplement atterré).

Heureusement, de temps à autre (et en particulier ces derniers mois), on voit jaillir quelques pépites réalisées par une jeune génération de cinéastes "plein d'avenir", qui vous réjouissent. Et "Victoria", le nouveau film de Justine Triet ("La Bataille de Solférino") sélectionné à Cannes dans le cadre de la Semaine de la Critique, fait partie des comédies qui vous font croire à un avenir radieux à ce genre en perdition.

Enfin, vous dites comédie, mais "Victoria" est plutôt une drama comédie, aux accents parfois burlesques (on se retrouve quand même avec un chien et un chimpanzé en témoins principaux d'un procès... Et vous l'affirmez, le scène du témoignage du chien est vraiment très drôle), d'une justesse impressionnante dans les situations qu'elle décrit.

"Victoria", c'est une célibattante (non, ça n'est pas un gros mot !), en fin de trentaine, qui jongle tant bien que mal entre ses obligations de mère et son métier d'avocate pénaliste, ultra prenant.

Femme indépendante (son ex est un écrivain raté qui ne paie plus la pension alimentaire), un brin autoritaire, libérée et assumée (dans sa sexualité notamment, son ex qualifiant même cette sexualité de masculine), Victoria commence petit à petit à faiblir, à ne plus s'en sortir, à douter, alternant les séances chez le psy (pour évoquer sa libido en berne, malgré les coups d'un soir chopés sur Tinder qui défilent à longueur de temps) et les consultations chez sa voyante en mode impatiente, incapable de s'apercevoir (comme elle le dit, son cerveau ne s'arrête de cogiter rarement plus de deux secondes) que le bonheur dort tous les soirs sur son canapé (eh oui, étrangement, l'amour prend parfois la forme d'un baby-sitter attentif de 23 ans.

Petit aparté, car vous entendez déjà certains qui se disent "ah mais ouiiii, ca me rappelle quelque chose", non ""Victoria" n'est pas un remake du film "20 ans d'écart", déjà avec Virginie Efira, puisque la question de la différence d'âge entre les deux héros n'est jamais évoquée.

Cela n'est juste pas un souci, on n'y pense même pas d'ailleurs, tant l'alchimie entre Victoria et Sam est évidente. "C'est chimique". Et aux petits esprits, qui estiment qu'au fond Victoria est juste une cougar - mot dégoûtant, ou une MILF, vous dites "passez votre chemin, ce film n'est pas fait pour vous !").

L'héroïne déprime certes, sans pour autant être déprimante. Victoria reste énergique, pleine de vie, et séduisante, même avec ses coups de mou, ses emportements (le concept de la mère parfaite, qui assume tout, en bonne wonder woman, est totalement éculé et heureusement !).

Une vraie femme de 2016 d'un réalisme assez saisissant (Victoria n'est pas une "Bridget Jones" qui chercherait partout et en vain le prince charmant - personnage qui vous a toujours paru assez rétrograde personnellement, à l'instar d'une "Ally McBeal" - mais plutôt un mélange des héroïnes de "Sex and the City"), dans laquelle toute trentenaire (voir quadra) pourra en partie se retrouver.

Le film n'est pas une autofiction, Justine Triet s'étant à la foi inspirée d'elle et de ses amies pour créer le personnage de Victoria, d'où la pertinence du portrait, très loin d'une quelconque caricature - et là vous pensez là à ce film abominable qu'est "Les Gazelles".

Evidemment, si ce portait de femme moderne, tout en force et en fêlures fonctionne si bien et si cette comédie est aussi réjouissante (on rit vraiment beaucoup, les répliques des personnages, parfois cyniques sont souvent excellentes. Beau travail sur les dialogues), c'est aussi en raison de son interprète, Virginie Efira (bombesque, de loin les plus beaux seins du cinéma français.

Sérieux, si vous arrivez à la regarder dans les yeux, dans la scène où elle porte une chemise de nuit qui laisse entrevoir sans trop en dévoiler, vous avez vraiment un souci !).

Après son interprétation remarquée malgré son petit rôle chez Verhoeven ("Elle"), elle confirme avec "Victoria" son talent pour des rôles plus dramatiques (tout en restant drôle), qu'on avait pas assez exploité jusqu'ici, incarnant à la perfection toutes les contradictions de son personnage.

Elle a cependant cette chance d'être accompagnée d'acteurs tout aussi doués : Vincent Lacoste (parfait et tout en charme, avec sa diction étrange et son physique loin des standards - il vous fait d'ailleurs penser à un autre Vincent : Vincent Macaigne), Melvil Poupaud (bien trop rare malheureusement) et celle dont on va parler de plus en plus, Laure Calamy.

Bref, pour faire court, "Victoria" est un véritable coup de cœur, un vent de fraîcheur dans le cinéma français lorgnant avec brio du côté des plus grandes comédies made in U.S., que seuls les grincheux et les aigris n'apprécieront pas. D'ailleurs, vous l'avouez, vous avez envie déjà envie d'y retourner !


Auteure :Karine Lebreton
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