Critiques

Vivarium : Un thriller angoissant pour l’anticonformisme

par Sarah Ugolini


"Vivarium", ce thriller oppressant, présenté à Cannes l'année dernière, se révèle être une satire sociale acerbe du conformisme et de la quête stéréotypée d'une vie familiale idéale guidée par la pression des conventions sociales. Un film de science-fiction dans la forme, mais surtout une vision cauchemardesque de la vie de banlieue, montrée comme une perte de l'individualité dans un monde uniformisé.

"C'est une version cauchemardesque de nos angoisses actuelles autour de l'idée d'acheter une maison, de fonder une famille, d'avoir des enfants et de se marier." C'est en ces termes que Jesse Eisenberg a qualifié, lors de l'avant première française du film, ce huis clos angoissant fantasmagorique qui se transforme en véritable pamphlet sociétal. Dans "Vivarium", il interprète Tom, un jeune jardinier qui vit une belle histoire d'amour avec Gemma, institutrice.

Gemma et Tom avaient tout pour être heureux jusqu'au jour où ils décident de passer un nouveau cap dans leur histoire d'amour, en trouvant une maison pour débuter leur vie de jeunes mariés. Ils tombent sur un agent immobilier étrange au comportement robotique et socialement inadapté. Ils décident, malgré les réticences de Tom, de le suivre pour visiter une maison. Le début de la fin pour le jeune couple.

Ils arrivent en effet dans une banlieue aseptisée où toutes les maisons se ressemblent. Un univers monochrome qui semble tout droit sorti du tableau de "L'empire des Lumières" de Magritte, avec des nuages à la symétrie parfaite et des résidences toutes identiques qui s'enchaînent les unes aux autres à l'infini. Lors de la visite de ce lotissement aussi vide qu'angoissant, l'agent immobilier disparaît soudainement. "Yonder, des maisons familiales de qualité pour toujours", annonçait le panneau d'affichage à l'entrée de cette zone résidentielle. Un slogan qui sonnait comme une promesse d'éternité et annonçait déjà le calvaire à venir du jeune couple.

Un labyrinthe infernal dans une banlieue fantôme

Gemma et Tom ont beau s'évertuer à s'échapper en voiture ou à pied, ils se retrouvent dans un labyrinthe infernal qui les ramène perpétuellement à la même maison : le numéro 9. Malgré leurs efforts, ils tentent même de brûler la maison pour échapper à cette résidence diabolique, tout les ramène entre ces quatre murs dont ils deviennent les prisonniers. Seuls face à eux-mêmes et piégés dans cette banlieue fantôme, un univers vidé de toute présence humaine à la perfection terrifiante, ils se retrouvent confrontés à leurs peurs. Tom et Gemma sont forcés de puiser dans leur couple la force de lutter contre ce monde artificiel. Dans "Vivarium", le réalisateur, Lorcan Finnegan, s'amuse avec l'ordonnancement géométrique et hypnotique de cette banlieue anonyme. Une uniformité à l'infini qui les pousse insidieusement vers l'isolement et les enferme dans une profonde solitude.

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Jesse Eisenberg - Copyright The Jokers Films

Ce huis clos contraint ce jeune couple à se déchirer peu à peu. Le point de départ de leur discorde est le bébé qui leur est déposé dans un carton devant leur maison accompagné d'un mot : "Élevez ce bébé et vous retrouverez votre liberté". Une sorte d'analogie avec la réalité qui sous-entend que les enfants ne seraient en réalité qu'un esclavage consenti socialement par les parents et dont ils ne se libèrent que le jour où ils quittent le nid douillet du cocon familial. Une vision cynique et sacrificielle de la parentalité qui tend à souligner la perte de son identité propre quand on endosse le rôle de parent.

Dans cette vie à trois, les jours de Tom et Gemma se succèdent dans une profonde monotonie. L'enfant grandit à une vitesse bien plus rapide que dans le monde réel dans cet univers parallèle de science-fiction. Leur étrange "enfant" au comportement robotique et à la voix d'adulte commence peu à peu les séparer. Alors que Gemma accepte doucement son sort et commence à se prendre d'affection pour ce «fils» tombé du ciel, Tom refuse et continue de se battre contre la fatalité en s'enfermant dans un profond mutisme et une lutte acharnée pour tenter de s'échapper de ce monde irréel. Il tente même de tuer l'enfant qu'il qualifie de «petit mutant flippant». En le voyant grandir, on s'interroge et s'inquiète sur l'issue de cet enfermement forcé pour le couple, dont la mission était de l'élever.

Une diatribe cinglante dénonçant l'envie de se conformer à la norme

Ce thriller oppressant crée dans "Vivarium" un univers claustrophobique qui développe chez le spectateur un profond besoin de liberté. C'est surtout une diatribe cinglante dénonçant de façon cruelle l'envie de se conformer à la norme et aux schémas de vie préétablis. Une œuvre entre thriller de science-fiction et fable métaphorique qui se révèle une critique puissante et acerbe sur la perte de l'individualité dans un monde uniformisé.

On comprend à la sortie du film le choix de son titre "Vivarium". La maison devient une sorte de lieu clos où sont enfermés et observés par une force maléfique inconnue un couple d'humains, comme pourrait le faire des scientifiques dans de petits enclos vitrés pour des insectes ou des reptiles. Une métaphore qui pousse le spectateur à l'introspection et à se demander si nous sommes réellement les maîtres de notre destin ou si nos choix de vie sont en réalité influencés par les conventions sociales.

Sommes-nous véritablement libres ou n'est-ce en réalité qu'une illusion destinée à nous faire oublier que nous sommes les marionnettes de notre histoire familiale et de ce que la société attend de nous ? Jesse Eisenberg et la trop méconnue Imogen Poots portent à eux seuls ce thriller surréaliste avec justesse dans une atmosphère étouffante dont les claustrophobes pourront s'abstenir.


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