15 septembre 2019
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Volver : Portraits de femmes

Dans cette magnifique langue castillane aux sonorités fières, "Volver" signifie "revenir". Soit pour Pedro Almodovar le désir de revenir dans sa région natale, la Mancha, pour y puiser la matière fictionnelle d'un chant d'amour à sa mère et à toutes les femmes qui ont habité son enfance.

Le cinéaste rouvre ainsi la boîte aux souvenirs d'enfance sans nostalgie mais avec une immense tendresse et une touchante sincérité. Le film s'ouvre alors que le vent souffle fort sur un cimetière où s'affairent avec ardeur des femmes, veuves pour la plupart, sur la tombe de leurs défunts.

Dans un unique panoramique, Pedro Almodovar embrasse dans un même mouvement la vie et la mort, le tragique et le comique, le passé et le présent. Soit les lignes de force traversant son film où s'effacent les frontières entre vivants et disparus pourvu que les réminiscences demeurent vivaces.

Portrait choral de femmes abandonnées ou délaissées par la gent masculine ("on n'est pas vernies avec les hommes", confie l'une d'elles), "Volver" est un hymne à la vie, à celles qui la donnent et versent avec générosité le lait de la tendresse humaine.



Dans une maison familiale où il arrive de croiser les fantômes du passé, plusieurs générations de femmes s'échinent à vivre, surmontant avanies du quotidien et offenses de l'existence, grandes douleurs et petits drames, avec vitalité et fougue.

Embrassant la vie à pleine bouche comme ces baisers chaleureux et sonores qu'elles s'échangent, ces femmes vacillent parfois devant l'épreuve mais ne cèdent jamais au découragement. Car rien n'est vraiment si grave ou irrévocable qu'il faille renoncer aux joies et plaisirs terrestres.

Et Almodovar de filmer cet entre-deux qui ressemble furieusement à nos existences tragi-comiques : la mort accidentelle d'un mari incestueux prend des allures de farce avec un corps encombrant à cacher, l'exaltation d'un amour contrarié s'achève en malheur domestique, la perte d'un être cher conduit à de surprenantes apparitions, l'aveu d'un secret de famille trop lourd à porter ouvre sur la réconciliation..

Autant d'infimes variations énigmatiques sur les affres et beautés de nos trajectoires sinueuses bifurquant à tout moment entre l'essentiel et le dérisoire.

Entre naturalisme virevoltant et onirisme lyrique, "Volver" chemine avec humour, avec l'élégance du désespoir parfois, sur le fil précaire de la vie où l'absurde fraye avec le pragmatique, la légèreté de l'inédit côtoie la pesanteur routinière, la grandeur d'âme se heurte à la bassesse.

Dans ce labyrinthe des passions humaines, Penelope Cruz nous guide avec chaleur et compassion jusqu'au coeur de nos paradoxes.

Irradiant de beauté et de grâce intérieure, elle interprète avec finesse et drôlerie cette femme admirable autour de laquelle gravite chacun à la recherche d'instants de bonheur éphémères ou indissolubles qui font l'inestimable prix de la vie.

Et lorsqu'elle chante le mélancolique "Volver" sous le regard des siens, le vertige nous saisit à la vue de cette bouleversante mise à nu des sentiments.

Auteur :Patrick BeaumontTous nos contenus sur "Volver" Toutes les critiques de "Patrick Beaumont"

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