30 octobre 2020
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Walk the Line : Trop lisse

Prononcez le mot « bio-pic » aux financiers du cinéma américain et vous verrez leurs yeux scintiller. C'est que le genre amène spectateurs, récompenses et dollars. Mais un « bio-pic » qu'est-ce donc ? "Walk The Line", c'est un film qui raconte la vie, de manière plus ou moins romancée, d'une personne célèbre, avec une préférence pour les destins chaotiques, les enfances difficiles, les drames personnels. Dans cette catégorie figure le rockeur Johnny Cash, grand nom du rock n'roll et de la country aux Etats-Unis, et surtout toxicomane et alcoolique. De quoi faire un bon « bio-pic ». Et c'est bien le principal handicap du film...

"Walk The Line" ne parvient pas à se démarquer du genre dont il se réclame et donc de ses prédécesseurs. Parmi eux, Ray, la biographie du chanteur Ray Charles, sortie l'année dernière. Même narration linéaire et chronologique, même construction du récit (un drame familial marque à jamais le héros du film), même argument marketing (mimétisme entre l'acteur et la personne représentée). La ressemblance est poussée dans ses derniers retranchements : Johnny Cash est mort quelques mois avant la sortie du film alors qu'il s'était impliqué dans l'écriture et le choix des comédiens.

Tout comme Ray Charles. La folie des « bio-pic » qui sévit aujourd'hui aux Etats-Unis contribue grandement à faire de "Walk The Line" un film académique. Comme dans les autres long-métrages, la reconstitution de l'époque, les décors, les costumes facilitent l'immersion. Mais la mise en scène reste sage et le récit se construit sur un modèle bien connu : de la misère à la gloire. En filigrane du film transparaît à chaque séquence l'image de la réussite personnelle, du rêve américain, d'un homme qui s'est fait seul. On attendait de James Mangold,  réalisateur expérimenté ("Copland", "Identity",…) une vision différente du genre. Ce qu'il fait passé l'heure de film. La narration se fait plus tortueuse, les personnalités de Johnny Cash et de son éternel amour, June Carter, gagnent en profondeur, et le schéma « de la misère à la gloire » se modifie quelque peu. La réalisation sage de Mangold gagne en folie, pour devenir enfin rock n'roll. Ce que l'on attend d'un film sur Johnny Cash.

Un film sur Johnny Cash. Ou plutôt sur le couple qu'il formait avec la chanteuse June Carter. Si Mangold parvient à sortir de l'ornière des biographies sur grand écran, c'est qu'il choisit un angle particulier et le tient tout au long de la deuxième heure. Il s'agit plus d'explorer la complicité des deux artistes que la seule carrière de Cash. Pour les incarner, Joaquin Phoenix et surtout Reese Witherspoon, remarquable en petit bout de femme volontaire. Une performance saluée par deux nominations aux Oscars et deux prix d'interprétation aux Golden Globe Awards, auxquels il faut ajouter le titre de meilleur comédie glané à cette même cérémonie. Mangold parvient (finalement) à se démarquer d'un genre qui s'usera très vite.

Après "De l'ombre A La Lumière" et "Ray", on attend "Truman Capote" début mars. Dans les cartons des producteurs stagnent d'autres projets dont un concernant la vie d'Edgar Poe avec Stallone derrière la caméra. Une idée plus rock n'roll encore que la vie de Johnny Cash.

Auteur :Matthieu DeprieckTous nos contenus sur "Walk the Line" Toutes les critiques de "Matthieu Deprieck"

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