30 octobre 2020
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Walk the Line : La critique

C'est un fait : les biopics (biographies romancées sur la vie de célébrités) sont à la mode. Après Eminem ("8 Mile"), Howard Hughes ("Aviator") et Ray Charles ("Ray") voici que débarque "Walk The Line" la biographie pelliculée de Johnny Cash, super star aux Etats Unis mais quasi inconnu en France. Véritable machine à oscars donnant à ses interprètes l'occasion de faire dans la prouesse mimétique (je ressemble à mon modèle donc je suis super bon) les biopics tendent souvent la joue à des travers bien connus : réalisation ampoulée, overdose de morale grandiloquente ou aseptisation des aspects dérangeants de la vie des stars - "Aviator" n'évoquant pas l'antisémitisme d'Hughes, "Un homme d'exception" passant sous silence l'homosexualité de John Forbes Nash J. "Walk The Line", le dernier film de James Mangold, n'échappe pas à certains pièges mais reste dans la bonne moyenne de ce genre très hollywoodien.

Tout juste un an après la sortie de "Ray", il est stupéfiant de constater à quel point "Walk The Line" et le métrage sur récompensé de Taylor Hackford partage un nombre incalculable de points communs. Traumatisé par la mort de son frère noyé, Ray Charles écume les routes des états unis à la recherche d'un son nouveau. Pourtant, rattrapé par les fantômes du passé, il commence à se droguer et connaît une vie affective tumultueuse. Il trouvera le salut en abandonnant la drogue grâce à l'amour d'une femme. Traumatisé par la mort de son frère, Johnny Cash écume les routes des Etats Unis en compagnie d'Elvis Presley, Jerry Lee Lewis et June Carter. Rattrapé par les fantômes du passé, il se drogue et connaît une vie amoureuse dissolue. Il trouvera lui aussi le salut dans le sevrage et l'amour vrai. Deux histoires en or pour Hollywood toujours promptes à raconter les destinées exceptionnelles des figures marquantes de l'Amérique populaire.

Basé sur l'autobiographie de Johnny Cash lui-même, le film de James Mangold ne saurait être taxé de cynisme ou de malhonnêteté intellectuelle. Le réalisateur a rencontré le chanteur et sa femme peu de temps avant leur mort en 2003 afin de coller un maximum à la vie si particulière de ces deux héros du rock. Cette solide documentation renforce la sincérité et l'impact d'une œuvre par ailleurs solidement écrite et réalisée, Mangold ayant joué la carte de la rigueur sur toute la ligne. Plutôt que de jouer sur une construction déstructurée faite de flash back, Mangold et son scénariste Gill Denis ont préféré jouer la prudence avec une intrigue linéaire parfaitement lisible. Si cela n'est pas d'une folle originalité (la plupart des biopics sont construites sur ce schéma), elle retranscrit à merveille le parcours artistique et amoureux de Cash tout au long des années 50 et 60.

Loin d'être futile ou ennuyeuse, la love story entre Cash et June Carter est l'occasion de se pencher intelligemment sur les dilemmes et démons de ce personnage torturé par la mort de son frère. Elle constitue aussi et surtout un écrin magnifique pour des scènes de music hall absolument enthousiasmantes et remarquablement réalisées. Quel bonheur de voir dans un film actuel des reconstitutions de concert -dans des salles remplies de figurants non dupliqués numériquement- crédibles et jouissives où explose la musique de Cash et June dans un déluge de décibels électrisant.

Tout ceci ne serait pourtant rien si les acteurs ne collaient pas totalement aux personnages. Et c'est encore un euphémisme d'affirmer que le duo Reese Witherspoon - Joaquim Phoenix explose tout sur son passage. Non content de nous faire oublier ses rôles de blondes débiles (mais non ce n'est pas un pléonasme…), la belle potiche de Et si c'était vrai ou de La revanche d'une blonde incarne à merveille la fragilité et la sensualité de June Carter. Quant à Joaquim Phoenix, il se sort à merveille d'un rôle éminemment casse gueule et d'une complexité rare. Pour le film, l'acteur a dû apprendre la guitare, chanter, danser, bouger sur scènes devant des centaines de spectateurs. L'illusion est tétanisante…

Intégralement interprétée par le duo vedette, la fantastique BO de "Walk The Line" reste dans les esprits longtemps après le générique de fin. Rien que pour les performances d'acteurs, le film de Mangold vaut largement le déplacement.

Auteur :Frédérick Lanoy
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