18 septembre 2020
Critiques

We need to talk about Kevin : Critique

Présenté en compétition officielle au dernier festival de Cannes, "We need to talk about Kevin" porte à l'écran un face-à-face lourd et impressionnant entre une mère et son fils. Une confrontation qui happe le spectateur pour le laisser, en fin de projection, pantelant.

C'est un début en forme d'uppercut, porté directement au coeur du spectateur. Une gifle. Qu'une inconnue, en pleine rue, donne à Eva. Qui la reçoit sans broncher, ou presque. Cette femme en creux, qui tente de trouver un travail, une vie, baisse la tête. Mais qu'a-t-elle donc fait pour mériter ça, pour penser mériter ça ? Et de flashbacks en flashbacks, d'allusions en indices, doucement, on comprend. Bien sûr, il s'agit de Kevin. Ce fils qu'Eva a voulu jusqu'à mettre entre parenthèses, presque naturellement, sa vie et sa carrière. Ce fils qui, immédiatement, a « posé problème ». Kevin a pourtant tout eu, tout pu.  

Son père l'a protégé d'un conflit grandissant avec sa mère, jusqu'à ce que le vilain petit canard ne devienne, à 16 ans, l'un de ces enfants qui commettent l'irréparable. Et plutôt que de montrer l'insoutenable, Lynne Ramsay, réalisatrice, préfère en montrer les prémices et les conséquences, notamment sur la vie de la mère, Eva. Aussi responsable que son ado ? Car qu'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit ici ni d'un thriller, ni d'un fait divers en forme de miroir tourné vers la société. "We need to talk about Kevin"n (littéralement : il faut qu'on parle de Kevin) est un face à face...

Entre une mère perdue et son fils, liés d'un amour destructeur, pour eux et les autres. Et pas de face à face réussi, surtout à ce point, sans deux grands acteurs pour l'incarner. On connaissait le talent de Tilda Swinton. L'actrice de "Burn After Reading" (qui est aussi la Reine Blanche de Narnia) porte littéralement le film sur ses frêles épaules. Elle est une Eva en creux, presque muette, aux yeux fous, avec un talent qui laisse sans voix. Une évidence.

Du coup, la vraie révélation de ce film c'est le « Kevin » : Ezra Miller. Un presque-inconnu qui incarne ce fils malsain avec un talent époustouflant. Trouble, il est aussi, finalement, éminemment charismatique. Voilà qui, bien sûr, ne simplifie pas la tâche du spectateur. Pris entre les deux feux de ces acteurs, agrippé par la détresse d'Eva et le danger sourd que dégage Kevin, il est happé dans le film. Jusqu'au malaise, presque, jusqu'à un climax qu'on finirait par attendre, une résolution, quelle qu'elle soit.

Parce que le film ne nous laisse, sinon, aucune respiration. Le climat lourd de "We need to talk about Kevin" pèse, sans remède possible. Pourtant le film ne force pas au rejet, au contraire, il nous emballe. Parce que sa construction est brillante et qu'elle sert le récit. Parce que ses acteurs sont impressionnants, justes et brûlent la pellicule. Parce que de temps en temps, un uppercut au cinéma, ça remet en route...

Auteure :Fadette Drouard
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