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Welcome : Pas convaincant

Philippe Lioret politise un peu trop les débats, dans sa fable sur les réfugiés. En-deçà de "L'Equipier" ou de "Je vais bien, ne t'en fais pas", la décharge émotionnelle de "Welcome" (distribué par Mars Films) peut toutefois suffire à convaincre les spectateurs, qu'Eric Besson a tort dans ses comparaisons entre le système répressif anti-juif de la Seconde Guerre mondiale et celui montré dans le film, aux marges et dans le port de Calais.

Philippe Lioret était merveilleusement doué pour conter cette histoire trouble du Phare de la Jument ("L'Equipier"), et il brillait aux yeux du grand public à travers "Je vais bien, ne t'en fais pas". Mais il accuse le coup sur ce "Welcome", trop politisé pour cheminer aussi adroitement vers la même décharge émotionnelle. Ce n'est pas force d'essayer, à travers l'interprétation au couteau de Vincent Lindon, toujours aussi inspiré, ou à travers cette sombre mais belle histoire de ce jeune réfugié kurde plein de rêves dans les yeux et de bobos dans les jambes. Mais Lindon ne dispose pas du personnage idéal. Son effort sur lui, issue de sa rencontre forte avec ce jeune réfugié, tombera en décrépitude à mesure qu'il se contredira lui-même. Est-ce son ex-femme qu'il souhaite reconquérir, ou un simple accomplissement personnel ou don de soi ? Lioret laisse beaucoup trop de clés de compréhension dans le vague. Ou plutôt, il délaisse les points d'identification, qui auraient été utiles au spectateur, au profit de la fable, du conte post-moderne noir.

Diamétralement, le cercle est rompu entre le don de soi et l'ambition de paraître changé en mieux, auprès de son ex-femme. Ce qui renvoie le spectateur dans les esclandres d'un homme, qui se ronge jusqu'à l'os parce qu'il en fait trop. Les instants de mièvrerie surfent beaucoup trop la même vague que ce projet de traversée rêvé par le jeune kurde. Traverser la Manche en 10 heures ! Si le maître-nageur que campe Vincent Lindon dit que c'est infaisable, alors pourquoi un jour revenir sur cette conviction d'une façon aussi inespérée. Pour faire croire à ce jeune qu'il a le droit de rêver ? Ou l'accompagner encore un moment, faute de solitude et tiraillement intérieur ? Pourtant, tout allait bien avant l'arrivée de ce jeune réfugié. Entre ce maître-nageur et son ex-femme, c'était devenu copain-copine, « bonjour, ça va j'espère ? » mais aussi, « non j'ai une autre vie maintenant ». Bizarrement, son entraide envers ce jeune débloque en lui un désir de rapprochement intime avec celle qu'il a aimé et qu'il voudrait retrouver. Mais pourquoi Philippe Lioret ne parvient-il pas à nouer ces deux trames scénaristiques ?

"Welcome" en ressort comme amputé, comme combinant deux histoires en une, et dont le message commun se voudrait pacifique, tout en passant par le portrait et la photographie non cliché, du nouveau sort des réfugiés de l'ex-Sangatte. Alors que ce qui ressort comme compréhensible c'est que ce maître-nageur veut retrouver sa femme, et qu'il emploie la méthode destinée pour, d'un côté. Et que de l'autre côté du scénario, il ne sait même pas pourquoi il aiderait ce jeune kurde sans cette raison là… Scénario ô combien bancal, que Lioret n'améliore pas de par sa volonté de suggérer. Le portrait lugubre de Calais ressort comme complaisant, mièvre voire amoureux de ses habitants de l'ombre, de la nuit, de ses taudis, son port et autres soupes de la faim. Comme si cette photographie amère et sombre, pouvait suffire à étayer la thèse de ce maître-nageur ayant appris à un jeune réfugié à nager pour se donner bonne conscience.

C'est linéaire et tortueux à la fois comme scénario, c'est vrai, c'est clairsemé de grands moments d'interprétations chez Lindon, encore une fois c'est vrai, mais cela ne mène nulle part autre que dans de l'utopie, de la fable, de la contine noire. Ce qui ramène à considérer les atermoiements de Eric Besson, comme une erreur d'interprétation de l'œuvre de Lioret. Mais aussi malheureusement, ce qui ramène l'ensemble du film "Welcome" au rang de petit film de société, rongé par les rêveries compassionnelles et positives. Quand le grand cinéma doit permettre de s'identifier au personnage principal, Philippe Lioret faillit déjà, au commencement, quant à nous faire croire que ce maître-nageur aide un réfugié pour les bonnes raisons. Dommage.

Auteur :Frédéric Coulon
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