Archives Critiques

Welcome : Sincère

Il y a deux ans et demi maintenant, Philippe Lioret créait l'évènement en passant par la petite porte. Avec "Je vais bien, ne t'en fais pas", l'auteur faisait ses preuves dans les salles obscures, donnant naissance à un buzz instantané. L'occasion d'offrir la part belle à ses acteurs, Kad Mérad et Mélanie Laurent en tête, qui ne se faisaient pas prier pour révéler leur potentiel. Aujourd'hui, c'est avec un sujet bien délicat que le réalisateur signe son retour. Celui du sort des immigrés kurdes, résolus à franchir la Manche par n'importe quel moyen. Dès le début de "Welcome" (distribué par Mars Films), on respire la sincérité de la démarche.

Lioret nous plonge la tête dans le sac pendant un premier quart d'heure intense et criant de vérité. Ces gens résignés à des méthodes désespérées ont un visage, une langue et un vécu. Ceux-là même qui, au travers des médias, notamment des journaux télévisés, ne sont que des silhouettes devenus cadavres, flottants dans les eaux ou asphyxiés dans des camions pour d'obscures raisons. Ici, on trouve le jeune Bilal (Firat Ayverdi) qui, du haut de ses dix-sept ans, veut rejoindre sa dulcinée à Londres et intégrer l'équipe de football du Manchester United. Rien que ça ! Comprenant l'impossibilité pour lui de traverser la Manche par les voies maritimes, il décide de prendre des cours de natation à la piscine voisine au camp de réfugiés. Face à la jeunesse candide se dresse alors les désillusions d'un maître-nageur en instance de divorce. Simon (Vincent Lindon) va d'abord essayer de convaincre le jeune irakien de renoncer à cette folie. Mais retrouvant son amour et ses ambitions d'autrefois dans les yeux du gosse, il se décidera à lui prêter main-forte, à son niveau.

Au-delà de la dimension sociale de "Welcome" se dresse le poignant portrait de plusieurs amours. Celui d'un homme pour sa femme, qui déprime à l'idée de ne plus dormir à ses côtés. Celui d'un jeune qui est prêt à traverser les mers pour retrouver son inaccessible bien-aimée. Et de manière figurée, celui d'un père pour un fils. Lioret évite avec justesse le déjà-vu et les clichés pour investir le spectateur dans ces histoires aux dénouements incertains. Un scénario habile jeté comme une bouteille à la mer, qui se voit rattraper par des acteurs impeccables, qu'il s'agisse des amateurs et confirmés. On ne prend conscience du combat que tient à mener Bilal, digne de celui de David contre Goliath, que dans un final dévoilant une mer immense et implacable, filmée avec le même retrait, la même discrétion que le reste du film. Une distance louable, qui lorgne parfois du côté du documentaire, sans jamais en emprunter les mauvais réflexes.

Vincent Lindon, inspiré et touchant, trouve ici l'un de ses meilleurs rôle, après le déjà surprenant "Pour Elle". Longtemps après sa vision, "Welcome" laisse des traces. Ni cruel, ni sombre, ni même moralisateur, le film se place à la hauteur des hommes et des femmes qui déambulent de chaque côté d'une mer avec le désir brûlant de se retrouver. La leçon de courage que le jeune dispense à son aîné n'a d'égal que le soutien affectif et matériel que Simon apporte à l'adolescent immigré. On ne peut souhaiter qu'au dernier film de Philippe Lioret de suivre le même courant que son film précédent : toucher le spectateur pour trouver son public.

Auteur :Davy Girard
Tous nos contenus sur "Welcome" Toutes les critiques de "Davy Girard"

ça peut vous interesser

Mon Cousin : Gagnez vos DVD !

Rédaction

Mon Cousin : Celui qu’on aime

Rédaction

Mon Cousin : Complètement fou ?

Rédaction