25 janvier 2022
Critiques

West Side Story : Une ode au réalisme

Par Sophie Chomel

 

Après "Ready Player One", trois ans de « pause » se sont écoulés en raison de la pandémie. Steven Spielberg revient avec "West Side Story". Il s’agit d’une sorte d’inspiration à la Roméo et Juliette tout en reprenant les éléments de la première version de "West Side Story". Cette histoire se déroule à New York ou deux clans s’opposent. D’un côté ceux qu’on appelle les « Jets »,  des Irlandais issus de l’immigration aux États-Unis. De l’autre côté les « Sharks », des portoricains. Ils ont tout pour se détester. Ils sont différents. Leur identité et origine les différencient. Le but de ses deux clans repose sur la gestion du territoire. Un seul des clans peut dominer la ville. Au milieu de ces tensions ethniques va se développer une histoire d’amour entre Tony, ancien prisonnier irlandais, et Maria, la petite sœur du chef des « Sharks »…

"West Side Story" ! Que d'abondance en chants et danses. En effet, sur l’intégralité du long métrage, les personnages passent tour à tour sur le devant de la scène. Les personnages secondaires ont également droit à leurs moments en chansons. L'histoire est contée par le biais de multiples enjambées, sautillements et autres roulées. Le tout en mambo et jazz imprimant un rythme dense au film. Bien évidemment, même si les caractéristiques d’une comédie musicale sont présentes dans le film (répondant ainsi aux attentes du spectateur), leur place reste parfois trop prépondérante. Plus rares sont les scènes de dialogues entre les divers personnages. Toutefois, les chansons ne sont jamais bien loin...

Richesse visuelle 

C’est avec lyrisme que ces scènes sont racontées et mises en images. C’est une harmonie de danseurs, de pas de danse, de mouvements et de couleurs. Un contraste est visible : les Irlandais sont munis de costumes simples, accompagnés d’une palette de couleurs plutôt sombre, grise et foncée. Quant à ceux des portoricains, ils sont vifs et colorés, alternant entre le jaune, le rouge et l'orange.

Dans "West Side Story", on retrouve aussi une singulière symétrie. La photographie y est magnifiquement maîtrisée. Dès l’introduction, le film s’ouvre sur un travelling, ainsi qu’un plan-séquence, accrochant directement le spectateur à son siège. L’utilisation de zooms agence soigneusement la mécanique du film ainsi que les transitions entre les diverses scènes.

L’histoire d’amour comme couverture d’un amas de dénonciation

Cette abondance permet de couvrir un certain degré de violence et des thématiques fortes tels le racisme entre les communautés, l’homophobie ajoutée à la transphobie (en effet, on découvre un personnage transgenre dans "West Side Story", l’une des modernités du film), le sexisme et le catactère misogyne des hommes, etc. Bref, tous les mauvais comportements de l’époque que l’être humain, doté d’une mentalité plutôt étroite, ne pouvait comprendre.

Certes, cette énumération peut paraître assez réductrice dans le rapport des hommes à la société, aux femmes et aux autres. Comme la toxicité par exemple. L’homme est nuisible, empli de fierté, dominateur et ne vit que pour « gagner » avec violence. Il ne souhaite pas laisser une réelle place à la femme.

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Copyright Walt Disney Germany

Dans tous les cas, ce traitement plutôt réaliste de la vie au XXème siècle, est intéressant et sort de l’ordinaire. L’histoire n’est ni trop convenue, ni trop tirée par les cheveux. Pour une fois, la comédie musicale n’est pas que belle telle une rose, et brillante comme un ciel étoilé. Elle démontre entre autres une réalité. Le fait de rendre cette pièce beaucoup plus concrète et ordinaire est une prise de risque de la part de Steven Spielberg et un réel intérêt pour le cinéma, qui contrairement à sa précédente version peut être beaucoup plus fantasmé et onirique.

Une bombe musicale quoique un peu longue

"West Side Story" est une comédie musicale et je n’avais pas l’habitude d’en regarder si ce n’est récemment "The Greatest Showman" ou encore "Tick tick… Boom". Je n’ai donc pas encore véritablement l’habitude des scènes plus ou moins longues en chansons. Parfois, j’étais assez impatiente de découvrir la suite de l’histoire et je trouvais que certaines des scènes étaient assez étendues. D’autres fois la vivacité du film m’entraînait dans cette histoire au fil romantique aussi fin que cassable. 

Même si je suis une grande fan de romance, je n’ai pas été autant touché que son prédécesseur qui l’on peut émettre une comparaison ("La La Land") qui je trouvais avait une profondeur qui ma beaucoup plus atteinte émotionnellement. "West Side Story" traite une histoire d’amour impossible en surface, et laisse de la place à des thématiques beaucoup plus secondaires. L’équilibre entre les deux n’est pas véritablement trouvé et l’émotion vient à manquer.

Des acteurs plus ou moins marquants

Au casting, nous retrouvons Ansel Elgort l’adepte des films romantiques (après "Nos Etoiles Contraires" (2014) ou "Baby Driver" (2017). Ce dernier n’est pas spécialement marquant par son jeu, mais plutôt par la qualité de son chant et son adaptation à un univers qui lui est externe (tel celui de la danse). C’est aussi la découverte sur grand écran de la jeune Rachel Zegler qui, jusque-là, était inconnue. Pour un premier grand rôle, elle se débrouille plutôt bien.

A ce sujet, une scène est marquante. En l'occurrence, un discours et un dialogue prononcés par la charmante Rachel Zegler dans lesquels elle fait une fort belle comparaison entre l’amour et la vie : « l’amour c’est la vie. » Une phrase bien que simple, très poignante et forte, assez marquante. Sans vous mentir, ce ne sont pas les acteurs principaux qui m’ont le plus marquée, mais plutôt les rôles secondaires. David Alvarez et Ariana DeBose forment un duo parfait.

"West Side Story" est donc une jolie comédie musicale tentant de sortir de l’ordinaire par son approche beaucoup plus réaliste qu'à l'ordinaire. Le tout porté par un univers visuel impressionnant qui marquera vos esprits.


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